Commencez toutes vos prières, recommandait saint François de Sales († 1622), par vous mettre en présence de Dieu. Il ne suffit pas de se mettre en sa présence, encore faut-il s’y tenir ! « Si vous ne croyez pas, vous ne subsisterez pas » dit Isaïe (Is 7, 9), que les Pères de l’Eglise, plus proches du texte hébreu, citaient avec le jeu de mots sur tenir – se maintenir : « si vous ne tenez pas, vous ne vous maintiendrez pas ».
Un jésuite du grand siècle espagnol, le Père (Francisco) Arias († 1605) avait profondément marqué saint François de Sales par son traité sur la prière paru en 1588, où il propose, pour se mettre en présence de Dieu, de méditer les ‘perfections divines’, l’Être même de Dieu. « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie », dit Jésus.
Méditer l’Être de Dieu davantage que ses œuvres, qui il est davantage que ce qu’il fait, même si Jésus renvoie ceux qui ne croient pas en lui aux œuvres du Père, le Père qui demeure en lui comme lui demeure dans le Père : « Je suis dans le Père, et le Père est en moi », entend-on également dans ce passage de l’évangile (littéralement ‘Moi dans le Père, et le Père en Moi’).
« Tout en considérant les vertus et perfections de notre Sauveur en tant qu’homme, dit le Père Arias, nous devons petit à petit laisser à part sa très sainte humanité pour nous élever à la considération des vertus et perfections du même Seigneur dans sa divinité, en tant que Dieu ». Difficile de les ‘mettre à part’ ! Dirons-nous que les vertus du Christ Jésus relèvent de son humanité et ses perfections de sa divinité ? Nous les contemplons, nous les méditons pour nous en inspirer ! C’est la grâce que saint Ignace invite à demander au début de notre prière : « demander une connaissance intérieure du Seigneur qui pour moi s’est fait homme, afin que je l’aime et le suive davantage ».
En ce début du mois de mai, dédié à la Vierge Marie, je vous propose, dans la lumière de Pâques, de nous mettre et tenir en présence de Dieu avec le 4ème mystère lumineux du Rosaire, la Transfiguration où Jésus révèle sa divinité. Elle est confirmée par la voix du Père venue de la nuée lumineuse : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! » (Mt 17, 5). Je vous propose ainsi pour les dix Ave Maria de ce mystère 10 paroles de Jésus dans l’évangile de saint Jean où il révèle sa divinité. Suivons l’ordre du texte, pour les retrouver plus facilement.
Elles commencent au chapitre 6, dans le discours du Pain de Vie qui fonde sa présence la plus excellente dans nos vies, à la Messe, dans l’Eucharistie : « Je suis le Pain de Vie, le pain vivant descendu du ciel » (Jn 6, 35. 51).
La 2ème ‘parole essentielle’, annoncée par Isaïe, de la Lumière des Nations, se trouve ensuite aux deux chapitres 8 et 9 de saint Jean : « Je suis la Lumière du monde » (Jn 8, 12 et Jn 9, 5).
Nous avions dimanche dernier du Bon Pasteur les deux suivantes, du chapitre 10 : « Je suis la Porte, la porte des brebis » (Jn 10, 7), et « Je suis le bon Pasteur, le vrai berger » (Jn 10, 11).
La 5ème marque le tournant le plus important, en tout cas pour notre foi, quand, au chapitre 11, à la résurrection de Lazare, Jésus dit à Marthe : « Je suis la Résurrection et la Vie » (Jn 11, 25).
Voici ces 5 premières paroles :
« Je suis le Pain de vie, le pain vivant descendu du ciel » (Jn 6).
« Je suis la Lumière du monde » (Jn 8 et Jn 9).
« Je suis la Porte. La porte des brebis » (Jn 10).
« Je suis le bon Pasteur » (Jn 10).
« Je suis la Résurrection et la Vie » (Jn 11).
Nous avons ensuite aux chapitres 14 et 15, deux ‘doublets’, le premier au chapitre 14, de l’évangile de ce dimanche : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 6) et « Je suis dans le Père, et le Père est en moi » (Jn 14, 11).
Puis au chapitre 15, dans la parabole de la vigne : « Je suis la vraie Vigne et mon Père est le vigneron » (Jn 15, 1). Et « Je suis la Vigne, et vous les sarments » (Jn 15, 5).
Enfin, il y a la parole que nous entendons au Vendredi saint, et une année sur trois à la fête du Christ-Roi, quand Jésus devant Pilate répond : Oui « Je suis Roi, tu l’as dit » (Jn 18, 37).
Il est le Roi de Gloire que nous allons fêter à l’Ascension, qui s’élève au plus haut des cieux, tout en demeurant présent au milieu de nous : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20).
Bénie sois-tu Vierge Marie, présente au pied de la Croix, à qui ton Fils nous a confiés, et qui nous demande, en la personne du disciple bien-aimé, d’être avec toi pour être auprès de Lui. Aide-nous à méditer cette Vérité éternelle que tu as portée en ton sein, et à la garder, comme toi, dans notre cœur (Cf. Lc 2, 51).
« Je suis le Pain vivant descendu du ciel » (Jn 6).
« Je suis la Lumière du monde » (Jn 8 et Jn 9).
« Je suis la Porte des brebis » (Jn 10).
« Je suis le bon Pasteur » (Jn 10).
« Je suis la Résurrection et la Vie » (Jn 11).
« Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14)
« Je suis dans le Père et le Père est en moi » (Jn 14)
« Je suis la Vigne et mon Père est le vigneron » (Jn 15).
« Je suis la Vigne et vous les sarments » (Jn 15).
« Je suis Roi, tu l’as dit » (Jn 18).
Pour nous mettre en présence de Dieu, nous commençons souvent par le Notre Père puisque c’est ainsi que le Christ nous a appris à prier. C’est lui qui nous conduit vers le Père, comme il nous l’a promis : « je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi ».
C’est pourquoi la foi chrétienne s’appelle la suite du Christ. Nous mettre à sa suite se dit en français : je suis Jésus (du verbe suivre). Pas du verbe être : seul le Christ peut dire de façon absolue : Je suis.
Qui es-tu Seigneur ?
Je suis le Pain de Vie.
Je suis la Lumière du monde.
Je suis la Porte des brebis, le bon Pasteur.
Je suis la Résurrection, le Chemin, la Vérité et la Vie.
Je suis dans le Père et le Père est en moi.
Je suis la Vigne, mon Père le vigneron, et vous les sarments.
Je suis Roi, tu l’as dit.