La hiérarchie a une fonction de transmission et d’élévation

Les deux fonctions du Pasteur sont de nourrir et de protéger : « Pais mes agneaux ». « Sois le pasteur, le berger de mes brebis » dit Jésus à Pierre à la fin de l’évangile de saint Jean (cf. Jn 21, 15. 16. 17) : le pasteur est celui qui conduit le troupeau « sur des prés d’herbe fraîche », « vers des eaux tranquilles » (Ps 22, 2), où il peut paître et s’abreuver, en toute sécurité.

Ce sont deux fonctions différentes que de nourrir et de protéger, y compris de tentations de mal se nourrir voire de s’empoisonner : ‘Non, ne mange pas ça’ ! C’est la différence entre l’humain qui, tout petit, encore bébé, porte n’importe quoi à sa bouche, ‘Ne mange pas ça’ ! et l’animal doté d’un instinct, à l’alimentation quasiment programmée.

Je me souviens d’avoir été sermonné pendant mon Séminaire à propos d’un travail que je faisais sur les ‘Chrétiens anonymes’, qui ne se reconnaissent pas chrétiens mais qui pourtant se comportent comme tels, Chrétiens sans le savoir. ‘C’est du poison’, m’avait lancé méchamment un de mes formateurs : pour lui, on ne peut pas être chrétien sans le savoir, sans le vouloir, sans accepter de faire partie de l’Eglise, se laisser enseigner par ses pasteurs, évêques et prêtres.

Vous pourriez vous poser la question de savoir ce que vous attendez des prêtres : qu’ils vous nourrissent ? Ou qu’ils vous protègent ? Qu’ils s’occupent du troupeau qui leur est confié, ou qu’ils aillent chercher ceux qui n’en font pas encore partie, qui ne connaissent pas encore le Christ, le vrai Berger ?

La mission confiée par Jésus à Pierre, Premier des Apôtres, et à ses successeurs, est un rôle d’enseignement, par l’exemple, d’affermissement dans la foi. 

Après l’avoir prévenu de la nature spirituelle de l’adversaire (« Voici que Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le blé »), Jésus lui dit : « J’ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères » (Lc 22, 32). 

Ces paroles de saint Jean et saint Luc (‘pais mes brebis’, ‘affermis tes frères’) se réfèrent à chaque fois au reniement de l’apôtre, ce qui montre qu’il ne s’agit pas d’une mise en valeur de la personne mais d’une mission qui ne peut être exercée qu’avec le Christ, par la grâce de Dieu. 

La représentation du Christ en bon pasteur, portant sur ses épaules la brebis perdue comme dans la parabole de l’évangile (« Si l’un de vous a cent brebis et qu’il en perd une, n’abandonne-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller chercher celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve ? » Lc 15, 4), ne saurait être dissociée de la Parabole qui suit chez saint Luc du Fils prodigue, où le Père attend le retour de son enfant, qu’il a laissé partir et dilapider ses biens.

Quand l’enfant est adulte, ses parents le laissent partir, parfois la mort dans l’âme. En revanche, tant qu’il est enfant, l’image de la parabole de ce dimanche s’applique, sur la sécurité à lui donner, sur les mises en garde à répéter, à condition de se les appliquer d’abord à soi-même, de donner l’exemple.

Je reviendrai dimanche prochain sur les noms que Jésus se donne à lui-même dans l’évangile de saint Jean, en particulier dans ce chapitre où il dit : « Moi, je suis la porte des brebis » (Jn 10, 7). Et il répète : « Moi, je suis la porte » (Jn 10, 9). Et plus loin : « Moi, je suis le bon pasteur » (Jn 10, 14). L’importance de ces « Noms divins » est l’occasion de dire un mot de la hiérarchie de l’Eglise catholique.

Il se trouve que l’auteur d’un des principaux traités sur les « Noms divins » a écrit deux traités sur la hiérarchie, la hiérarchie céleste (angélique) et la hiérarchie ecclésiastique. C’est un auteur du 5ème siècle qu’on appelle le Pseudo-Denys ou Denys l’aréopagyte, parce qu’on a longtemps cru (jusqu’au 8ème siècle) qu’il s’agissait du Denys mentionné au chapitre 17 du livre des Actes des Apôtres quand saint Paul rencontre à Athènes l’Aréopage (le Conseil des Anciens). La discussion dérape quand Paul leur parle de résurrection, le forçant à partir. « Cependant quelques hommes s’attachèrent à lui et devinrent croyants. Parmi eux, il y avait Denys, membre de l’Aréopage (l’aréopagyte) » (Ac 17, 32-34).

Ce Denys l’aréopagyte ou Pseudo-Denys a eu une influence considérable dans le monde grec puis latin. Ses écrits, même s’ils sont difficiles, permettent de comprendre quelle est en régime catholique la fonction de la hiérarchie : une fonction de service, de transmission et d’élévation. Pas de soi-même ! mais des autres. « Je te montrerai le chemin du Ciel » dit le Curé d’Ars. 

« Si on lit correctement le Pseudo-Denys, disait le Père Maurice Nédoncelle († 1976), on s’aperçoit que la hiérarchie est faite pour la circulation de la connaissance et de l’amour en tous les hommes » 

Le rassemblement des brebis de l’évangile par le Pasteur céleste est ainsi le signe que le peuple de Dieu est d’institution divine, et passe avant la hiérarchie qui se met à son service. L’assemblée est présente dans l’église avant le célébrant. 
Dans la constitution de Vatican II sur l’Eglise, le chapitre sur le peuple de Dieu qui devait à l’origine suivre celui sur la hiérarchie l’a finalement précédé : le peuple passe en premier. 
La hiérarchie est à son service, avec une fonction de transmission et d’élévation : la spiritualité chrétienne est une dynamique ascendante. « Recherchez les réalités d’en haut, là où est le Christ » (Col 3, 1) disait la 2ème lecture du Jour de Pâques. 
Il est bon de le rappeler à mi-chemin de l’Ascension : « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes » (Jn 12, 32).

Fonction de transmission et d’élévation, d’unité dans la foi et pas dans le monde. 

L’abondance que promet le Christ venu « rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11, 52), cette abondance n’est pas de ce monde. Lui vient d’en haut, tandis que « celui qui est de la terre est terrestre et il parle de façon terrestre. Celui qui vient du ciel est au-dessus de tous » (Jn 3, 31) : il est le Pasteur éternel.

Retenez ce nom de Denys l’aréopagyte, ou Pseudo-Denys, le vrai Dionysien ! le ‘docteur hiérarchique’, qui priait pour que la hiérarchie terrestre se soumette à la hiérarchie céleste, qu’elle ait surtout conscience de sa mission de transmission et d’élévation.

« Je te montrerai le chemin du Ciel ».

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