Nul n’est au-dessus de ta Loi, Seigneur

Voici le 3ème dimanche de suite, consécutif, où nous avons dans l’évangile une parabole sur la Vigne. La 1ère, il y a deux dimanches, était la parabole des ouvriers que le maître envoyait tout au long du jour travailler à sa vigne, et qu’il payait tous le soir du même salaire (qu’ils aient travaillé toute la journée ou seulement une heure). Dimanche dernier, il s’agissait d’un père dont un seul des deux fils allait travailler à sa vigne, et encore, après avoir commencé par refuser.
Je vous proposais alors une lecture allégorique de ce travail à la vigne comme un appel à grandir dans la connaissance de Dieu : le vin étant dans la Bible un symbole de sagesse, travailler à la vigne signifie étudier, soigner son intelligence comme on soigne sa vigne, et se convertir, la purifier.

Cette allégorie prend tout son sens en ce 4 octobre fête de saint François d’Assise, qui plus est en ce 800ème anniversaire de sa mort dans la nuit du 3 octobre 1226, parce que saint François ne voulait pas trop que ses frères étudient.
Assimilant pauvreté matérielle et intellectuelle, convaincu que « la science enfle, la charité édifie » (1 Co 8, 1), la connaissance rend orgueilleux tandis que l’amour fait œuvre constructive, François redoutait que les études de ses frères ne soient préjudiciables à leur humilité. Heureusement, le Seigneur a sauvé l’ordre franciscain en envoyant saint Bonaventure le docteur séraphique, qui fut le juste pendant de saint Thomas d’Aquin le docteur angélique de l’ordre dominicain.

Ce n’est pas la science qui rend vaniteux, les vrais savants sont humbles tant ils sont conscients de tout ce qu’ils ignorent. C’est le pouvoir que le savoir donne qui rend vaniteux, comme l’argent, surtout quand les trois, savoir, avoir et pouvoir, sont concentrés entre les mains de quelques-uns. 

La science, la connaissance comme l’amour est faite pour porter du fruit. 

C’est la très belle devise des Dominicains : « Contempler et transmettre aux autres ce que l’on a contemplé ». Apprendre, découvrir, contempler, adorer, transmettre, partager. Ce que nous avons de meilleur.

Saint François d’Assise a passé sa vie à se libérer de toute propriété, matérielle ou immatérielle, jusqu’à renoncer à diriger l’œuvre qu’il avait fondée, pour se retirer dans la solitude et la prière, où il a été physiquement stigmatisé, crucifié par son amour pour le Christ.

La pierre d’achoppement qu’il est devenu par son appel à la pauvreté radicale, rejetée par ses propres frères, est devenue une pierre angulaire, au travers d’épreuves terribles parmi lesquelles il faut citer la Querelle des Mendiants qui a opposé au 13ème siècle les Ordres mendiants, franciscains et dominicains, aux Maîtres séculiers de l’Université. Quelle tristesse que ces rivalités humaines dans le contrôle du pouvoir jusqu’au sein de l’Eglise.

Revenez à moi de tout votre cœur dit le Seigneur ! Pénitence ! rappelait le Pape à Lourdes.

L’intelligence et la science n’ont de sens que si elles sont au service de l’unité et de la vie.

Dans cette parabole des vignerons homicides, nous reconnaissons facilement les Maîtres actuels de l’Université et tous ceux qui se prétendent humanistes alors qu’ils sont furieusement athées ou idolâtres, qui ne se sont pas contentés de séculariser (c’est-à-dire d’adapter au monde) l’enseignement et l’éducation : ils l’ont profanée, empêchant qu’y soient étudiés ceux qui l’ont fait naître. L’Université – en particulier de Paris est une création catholique. C’est l’Eglise qui l’a fondée. L’accès gratuit de tous au savoir est une œuvre de l’Eglise.

Et voilà que dans cette parabole, ces vignerons à qui la connaissance a été confiée pour que l’humanité grandisse et soit sauvée, se retournent contre Dieu à l’image de ces intellectuels qui proclament la ‘mort’ de Dieu.

Arrêtons-nous sur les trois objets voulus par le Maître du domaine après avoir planté sa vigne, que sont la tour, le pressoir, la clôture.

La tour dit l’appel à s’élever qui est la finalité du savoir, élever nos esprits et nos cœurs. Pas notre orgueil. C’est pourquoi cette tour est une tour de garde car l’ennemi rôde, car le rôle de l’éducation n’est pas seulement d’élever mais aussi de protéger, y compris de nous-mêmes, ça s’appelle interdire.

Le pressoir est une des images les plus fortes de l’Eucharistie, saint Augustin expliquait ainsi qu’à l’image du blé moulu pour donner du pain, le raisin doit être pressé pour en tirer du vin, car c’est dans le sacrifice du Christ que se fait le passage de la multitude à l’unité, et le renoncement à toute rivalité.

Enfin si le pressoir sert également de filtre, c’est la clôture qui protège la culture d’intrusions inutiles ou malveillantes, dont se lamentaient le prophète Isaïe et le Psaume 79 : « Pourquoi as-tu percé sa clôture ? Tous les passants y grappillent en chemin ; le sanglier des forêts la ravage et les bêtes des champs la broutent ».
Oui, il faut protéger la Vigne du Seigneur : son peuple des mensonges qui lui sont assénés. 

Aux fiancés qui désirent des chants profanes pour leur mariage à l’église, je commence par demander gentiment s’ils prévoient des chants religieux pour la soirée ? Non ? Alors, rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.

Que manquait-il à ces vignerons cupides, comme à tant de nos contemporains ?

Il manquait la connaissance des commandements de Dieu.

Voudriez-vous cette semaine reprendre ces dix commandements, éclairés et renouvelés au Jour de la Pentecôte par les dons de l’Esprit : 
Donne-nous Seigneur, par le don de la Foi, d’honorer le 1er commandement : « tu adoreras le Seigneur ton Dieu ». 
Fais grandir en nous Seigneur l’Espérance pour respecter le 2ème commandement de ne pas prononcer à tort ton saint Nom, ni invoquer d’autres dieux. 
Donne-nous Seigneur d’honorer le 3ème commandement du Jour qui t’est consacré pour venir puiser ensemble à la source de la Charité.
Que le don de Sagesse soutienne le 4ème commandement d’honorer ceux qui nous ont précédés, car il n’y a pas de plus grande sagesse que de connaître son histoire et de faire fructifier l’amour reçu.
Donne-nous l’Intelligence du 5ème commandement, « Tu ne tueras pas », car l’intelligence est au service de la vie.
Aide-nous à respecter le 6ème commandement qui interdit adultère et tromperie, par le don de Conseil et le soutien que nous trouvons auprès ceux qui vivent cette fidélité.
Donne-nous la Force de surmonter l’envie de prendre ce qui ne nous appartient pas, car le 7ème commandement dit : « Tu ne voleras pas ».
Que le 8ème commandement « Tu ne commettras pas de faux témoignage » soit soutenu par le don de Science au service de la vérité qui nous fasse vérifier les informations communiquées.
Que le don de Piété, 6ème don de l’Esprit, nous aide à respecter le 9ème commandement, « Tu ne convoiteras pas le conjoint de ton prochain », puisque la piété est une vertu sociale tournée vers le prochain, autant que vers Dieu.
Que la Crainte du Seigneur, 7ème don de l’Esprit, vienne purifier l’intention de notre cœur, car chacun rendra compte devant Toi, de ses choix, Seigneur.

Tu as fait de nous tes disciples, Seigneur, pour que nous observions tout ce que tu nous as commandé, comme se conclut l’évangile selon saint Matthieu : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20).

Nul n’est au-dessus de ta Loi, Seigneur

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