Le bonheur de te connaître

Les invités à la noce qui ne voulaient pas venir empoignèrent les serviteurs venus les chercher et les tuèrent. On franchit là un cap supplémentaire par rapport à la parabole de dimanche dernier où les vignerons qui ne voulaient pas remettre le produit de la vigne à son propriétaire s’étaient saisis de ses serviteurs, frappant l’un, tuant l’autre, lapidant le troisième, pour garder c’est-à-dire voler ce qu’ils avaient décidé être leur bien. Au moins, c’était pour de l’argent. Ici, pour une invitation à des noces, cela dépasse l’entendement, on est dans la violence la plus gratuite, la pure méchanceté, réservons la sauvagerie aux animaux sauvages.
Si on reprenait les paraboles des dimanches précédents, on se rendrait compte depuis un mois d’une gradation croissante de ces paraboles dans le mépris de Dieu, comparable à celle de l’Histoire : jamais il n’y a eu autant de persécutions de chrétiens qu’aujourd’hui dans le monde. 

Entre les chrétiens assassinés pour leur foi, près de cinq mille morts martyrs chaque année, les deux tiers en Afrique sub-saharienne, ceux qui sont jetés en prison pour s’être convertis au Christ, plus de quatre mille chaque année dont plus de la moitié en Inde, les familles qui sont déplacées de force parce qu’elles sont chrétiennes, par dizaines de milliers au Nigéria, en Birmanie, au Cameroun, toutes ces persécutions le plus souvent ‘légales’ dans le droit du pays (ce qui est légal n’étant pas forcément moral rappelait le Pape à Lourdes) sont autant d’illustrations d’un mépris croissant de Dieu, même quand elles sont prétendument faites ‘au nom de Dieu’, comme le dénonçait le Pape Léon lors de la rencontre interreligieuse à Metz le 28 septembre dernier : « Rien de ce qui défigure la dignité humaine ne peut se réclamer d’une authentique inspiration divine ». 
Et il ajoutait : « La grandeur d’une civilisation ne se mesure pas à ses réussites matérielles, mais à la manière dont elle entoure, protège et élève la personne humaine. Les religions sont gardiennes de la vie : elles en affirment la valeur sacrée ». Sa transcendance.

Le refus de la transcendance est la base du mépris de Dieu, et le paradigme du péché. « Tout péché ne procède pas du mépris de Dieu, dit saint Augustin, bien qu’en tout péché le mépris de Dieu soit inclus dans celui de ses préceptes ». 

On connaît sa célèbre formule : « Deux amours ont fait deux cités : l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu, la cité terrestre ; l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi, la cité céleste ». Le mot mépris n’y a pas le même sens : le mépris de Dieu est le moteur du péché tandis que le mépris de soi dit le dépassement de nos envies personnelles, notre admiration des autres, l’acceptation d’épreuves par amour du Christ mort pour nous délivrer de nos péchés. 

Jean-Paul II a écrit en 1984 une Lettre sur la souffrance : il savait de quoi il parlait après l’attentat du 13 mai 1981 auquel il avait survécu au prix de quelles souffrances ! Il y cite en introduction cette phrase de saint Paul : « Je trouve la joie dans les souffrances que j’endure pour vous. Ce qui reste à souffrir des épreuves du Christ dans ma propre chair, je l’accomplis pour son corps qui est l’Église » (Col 1, 24).

« L’amour supporte tout » (1 Co 13, 7), il souffre tout, omnia suffert, parce que l’amour est porté par la foi et l’espérance. « Il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout » : il traverse le temps quand cet amour vient du Père éternel.

Tel est le sens ou la leçon donnée à la fin de la parabole de ce dimanche par cet homme seul, entré sans le vêtement de noce qui était à l’époque proposé gratuitement à tous les convives qui se présentaient. Il avait volontairement refusé de jouer le jeu, de respecter les règles, d’entrer dans la joie de ces noces. Moi, c’est moi. Quel mépris ! Pour Dieu comme pour les autres convives.

A la veillée au Stade de France, à un jeune qui disait son incompréhension de l’indifférence religieuse qu’il constatait sans cesse autour de lui, le Pape avait répondu : « Que beaucoup soient étrangers à la question de Dieu est en effet un problème ; mais que beaucoup soient étrangers à la question de l’homme l’est tout autant ».

Vous connaissez cette parabole de saint Luc à propos d’un Juge inique, un sale type « qui ne craignait pas Dieu et qui ne respectait pas les hommes ». Il l’assumait sans sourciller : « Je ne crains pas Dieu et je ne respecte personne » (Lc 18, 4). Les deux vont ensemble : qui méprise Dieu finit tôt ou tard par mépriser ses frères, et il finit tout seul. A s’éloigner de Dieu, on finit tout seul.
Vous ne vivrez heureux dans le respect des autres que si vous répondez à l’amour de Dieu.

Voudriez-vous méditer cela cette semaine, en repartant dans votre prière de ces mots que le Christ prononce en entrant dans sa Passion : « Je ne suis jamais seul, le Père est toujours avec moi » (Jn 16, 32). 

Saint Luc en a fait la dernière parole du Christ sur la Croix : « Père, en tes mains, je remets mon esprit » (Lc 23, 46). Sorti du Père, conçu du Saint-Esprit, le Christ retourne au Père dans le même Esprit, traçant entre ciel et terre, par ses bras étendus, le chemin du Salut.

Seigneur, nous te prions pour ceux qui ne croient pas en toi, qui ne te cherchent pas, qui ne t’espèrent pas. Qu’à la lumière de l’Esprit-Saint, et en écoutant leur cœur et leur conscience, ils consentent à répondre à ton amour, pour avoir le bonheur de te rencontrer et de te connaître, toi le seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ.

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