Il est curieux de donner à la messe le plus d’importance à ce qui en a peut-être le moins, c’est-à-dire l’homélie.
L’homélie n’est pas obligatoire. Elle n’est pas requise pour la validité de la messe. Elle est « fortement recommandée » par la ‘Présentation Générale du Missel Romain’, « car elle est nécessaire pour nourrir la vie chrétienne », mais la vraie nourriture, nous venons de l’entendre dans l’évangile, c’est le Christ ! Le Verbe s’est fait chair pour nous nourrir de sa Parole et de son Corps.
Juste avant cet extrait de l’évangile, Jésus, faisant face aux critiques de ses auditeurs, leur dit : « Ne récriminez pas entre vous. Personne ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire, et moi, je le ressusciterai au dernier jour » (Jn 6, 44).
Et il ajoute ceci : « Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous instruits par Dieu lui-même » (Jn 6, 45).
Ces prophètes sont Isaïe : « Tes fils seront tous disciples du Seigneur, et grande sera leur paix » (Is 54, 13), et Jérémie : « Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur. Ils n’auront plus à instruire chacun son compagnon, ni chacun son frère en disant : ‘Apprends à connaître le Seigneur !’ Car tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands – oracle du Seigneur » (Jr 31, 33-34).
Ils seront tous instruits par Dieu lui-même. C’est le propre de la prière, notamment liturgique : dans la Prière des Heures, l’Office divin dont je vous parlais au 7ème dimanche de Pâques, l’enseignement humain est quasiment absent, à l’exception d’un texte de la Tradition à l’Office des Lectures.
Si nous avions gardé la pratique de nous retrouver à l’église à d’autres moments qu’à la messe du dimanche, pour des catéchèses ou pour des vêpres, c’est à ce moment-là qu’un enseignement pourrait être donné, sachant que le développement des moyens de communication permet aujourd’hui à chacun d’y accéder suivant ses besoins.
Laissons à la messe sa fonction que résumait saint Augustin : « Tout le culte de Dieu consiste principalement en ce point que l’âme ne lui soit point ingrate » (De spiritu et littera, c. 11).
Le Saint-Sacrement est le sacrement de la contemplation de l’amour de Dieu pour nous.
Il se donne à nous par sa Parole et son Corps.
Son icône dans l’Ancien Testament est le Buisson ardent. Ce buisson en feu qui brûlait sans se consumer est l’image de l’amour de Dieu. Moïse qui avait recueilli pendant quarante ans toute la science des Egyptiens ne comprend pas (Ex 3, 3).
Comme il était « l’homme le plus humble que la terre ait porté » (Nb 12, 3), Moïse se met à l’écoute et au service de Dieu qui lui donne mission d’emmener le peuple « dans le désert, à trois jours de marche pour y offrir un sacrifice au Seigneur notre Dieu » (Ex 3, 18) : dans le désert, lieu du combat spirituel ; à trois jours de marche comme les trois jours de la Passion à la Résurrection ; pour un sacrifice qui sera finalement offert une fois pour toutes par le Christ.
« Le sacrifice que nous offrons, dit saint Cyprien, c’est la Passion du Seigneur ».
Comment faire, frères et sœurs, pour que la messe, ce « Sacrement de la Charité » suivant le titre de l’exhortation de Benoît XVI de février 2007 (un an et deux mois après sa 1ère encyclique « Dieu est Amour »), porte du fruit dans notre vie ?
Comment faire pour que nous soyons plus attentifs à ce qui vient de Dieu qu’à ce qui vient des hommes et nous relie avec eux au monde ?
Le Livre des Actes des Apôtres raconte la scène où un serviteur de la Reine d’Ethiopie s’en retourne de Jérusalem en lisant le prophète Isaïe.
L’Esprit-Saint amène le diacre Philippe à ses côtés : « Comprends-tu ce que tu lis ? » (Ac 8, 30). « Et comment le pourrais-je s’il n’y a personne pour me guider ? ». Philippe lui montre comment ce qu’il lit, le Chant du Serviteur souffrant annonce la Passion du Christ. Bouleversé, l’homme demande le baptême, 1ère étape pour entrer dans la connaissance de Dieu.
« Personne ne peut venir à moi, dit Jésus, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous instruits par Dieu lui-même ». Cette instruction, cet enseignement se fait et passe par différentes médiations, mais toujours dans la durée et la fidélité.
Nous l’entendions dans la 1ère lecture où Moïse exhorte le peuple à se souvenir de sa longue marche durant quarante années dans le désert. « Le Seigneur ton Dieu voulait t’éprouver et savoir ce que tu as dans le cœur : allais-tu garder ses commandements, oui ou non ? » (Dt 8, 2).
Dans une des grandes encycliques du 20ème siècle, l’encyclique Mediator Dei (le Médiateur de Dieu) de 1947 sur la liturgie, quatre ans après Mystici Corporis Christi (le Corps Mystique du Christ – qui désignait l’Hostie avant l’Eglise), le pape Pie XII disait aux Chrétiens que c’est « un devoir principal et un honneur suprême de participer au sacrifice eucharistique, et cela, non d’une manière passive et négligente et en pensant à autre chose, mais avec une attention et une ferveur qui les unissent étroitement au Souverain Prêtre ».
Participer à la messe signifie s’offrir à Dieu. « Que l’Esprit Saint fasse de nous une éternelle offrande à ta gloire » (Prière eucharistique n° 3)
Est-ce que nous venons à la messe nous donner à Dieu comme Dieu se donne à nous ?
Est-ce que nous sommes prêts à aimer Dieu comme Dieu nous aime ?
L’amour ne peut atteindre son but que s’il est accepté.
La loi de réciprocité est la loi de l’amour.