Dieu seul suffit. Père, Fils et Saint-Esprit

Quels sont, parmi les Saints et Saintes que vous connaissez, ceux et celles que vous considérez comme des mystiques, qui ont reçu des grâces extraordinaires dans la contemplation de la Passion du Christ. Tous les Saints et Saintes Mystiques ont en commun d’avoir consacré leur vie à méditer et contempler la Passion du Christ qui révèle l’amour de Dieu Trinité. 

La mystique chrétienne est une mystique de la Passion. 

Ces Catholiques épris d’absolu ont souvent été excessifs. Est-ce qu’on peut être passionné sans être excessif ? Oui puisqu’on peut être excessif sans être passionné.

Un exemple de cette passion de la Trinité est sainte Elisabeth de la Trinité, morte († 1906) à 26 ans, qui a connu extases et mortifications, qui fit de sa vie de religieuse carmélite consacrée à Dieu « une louange de sa gloire ». Pour sainte Elisabeth de la Trinité, nous devons devenir « un autre Christ travaillant pour la gloire du Père ». Dans une lettre à sa mère, elle lui écrit : « A tout instant, du jour et de la nuit, les trois Personnes divines demeurent en toi ». Elle avait fait l’expérience de la présence de Dieu en elle, « dans le ciel de mon âme ». Une de ses prières commence ainsi : « Ô mon Dieu, Trinité que j’adore » … Et se poursuit : « Ensevelissez-vous en moi pour que je m’ensevelisse en vous ». Pas dans un grand Tout : en Dieu Père Fils et Saint-Esprit.

Elisabeth de la Trinité était son nom de religion, elle était née Elisabeth Catez. Demandez-vous, si vous aviez pris ou reçu un nom de religion, lequel vous auriez voulu : Marie de Jésus, Marie de l’Incarnation, Marie du Cœur de Jésus, Joseph du Saint-Esprit, Philippe de la Trinité, Isabelle des Anges … ? Ou vous auriez laissé la postérité vous désigner par votre lieu d’origine ou de vie comme pour les trois grands mystiques des trois grands ordres religieux, franciscain, carmélitain et dominicain : saint François d’Assise, le premier stigmatisé, sainte Thérèse d’Avila et sainte Catherine de Sienne, les deux premières femmes docteurs de l’Eglise.

Pourquoi y a-t-il davantage de femmes que d’hommes parmi les mystiques ?

La différence de proportion est manifeste dans le grand courant spirituel des 12ème au 14ème siècle qu’on appelle la mystique rhénane ou rhéno-flamande. Certains hommes sont connus comme Maître Eckart († 1328) ou le bienheureux Van Ruysbroeck († 1381), et les disciples d’Eckart, Jean Tauler et le bienheureux Henri Suso, tandis que les femmes sont nombreuses et immenses : sainte Hildegarde de Bingen († 1179), sainte Gertrude de Helfta († 1302), sainte Élisabeth de Schönau († 1164), sainte Lydwine de Schiedam († 1380), sainte Mathilde de Hackerborn († 1298) disciple de Mathilde de Magdebourg (« si tu veux savoir qui tu aimes, abandonne ce que tu aimes »), sainte Lutgarde de Tongres († 1246), la bienheureuse Marie d’Oignies († 1213), pour ne pas parler de Christine l’Admirable († 1312), de Marguerite d’Ypres († 1237), de Béatrice de Nazareth († 1268), de la mystérieuse Hadewiijch d’Anvers († vers 1260), ou en Italie de sainte Marguerite de Cortone († 1297), sainte Claire de Montefalco († 1308) ou sainte Angèle de Foligno († 1309), ou pour revenir plus au Nord, en Belgique, de sainte Julienne de Cornillon († 1258), qui obtint du Pape Urbain IV en 1264 l’institution de la Fête-Dieu de dimanche prochain. 

C’est de sainte Julienne de Norwich dont je voudrais vous parler en ce dimanche de la fête des mères, puisqu’elle disait : « Dieu est notre Mère ». 

Le Pape Benoît XVI lui a consacré une catéchèse extrêmement élogieuse le 1er décembre 2001, repartant du tournant de sa vie que connut cette jeune noble anglaise à 25 ans, en mai 1373. Elle allait mourir. Un prêtre est appelé à son chevet et lui montre le Crucifix. Elle retrouve miraculeusement la santé après une série de seize visions surnaturelles qu’elle raconte dans les « Révélations de l’amour divin »
Elle meurt entre 1416 et 1430, on ignore la date tandis qu’on sait par les nombreux témoignages que pendant quarante ou cinquante ans, elle mène une vie de prière et de terrible austérité, dans une petite cellule adossée à l’église Saint Julian de Conisford, à Norwich près de Londres, recluse dans la solitude, la méditation et l’étude, tout en s’occupant des pauvres aussi bien que des puissants qui venaient demander ses conseils. Donnant aux autres le soin et la douceur qu’elle se refusait à elle-même. Emplie d’un tel amour de Dieu qu’elle pouvait renoncer à tous les plaisirs de cette vie : « détachée de tout, unie à tous », comme disait au 4ème siècle saint Evagre le Pontique († 399) des véritables ascètes.

A sainte Julienne le sens de ses visions fut révélé par le Seigneur lui-même, quinze ans après « ces événements extraordinaires », lui donnant cette « absolue certitude … que Dieu, avant même de nous créer, nous a aimés d’un amour qui n’est jamais venu à manquer et qui ne disparaîtra jamais. Et dans cet amour, Il a accompli toutes ses œuvres et, dans cet amour, notre vie dure pour toujours … Et tout cela nous le verrons en Dieu sans fin » (Livre des révélations, chap. 86). « Ainsi ai-je appris que notre Seigneur signifie amour ».

Le message le plus audacieux, disait Benoît XVI, de sainte Julienne de Norwich est sa comparaison de l’amour de Dieu à l’amour maternel. La tendresse et la douceur de la bonté de Dieu envers nous sont si grandes que, à nous pèlerins sur la terre, elles ressemblent à l’amour d’une mère pour ses enfants. « Une femme pourrait-elle oublier son petit enfant ? Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas » dit le Livre du prophète Isaïe (Is 49, 15). 
Jésus lui-même exprime cette tendresse dans l’évangile : « Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous n’avez pas voulu ! » (Mt 23, 37). Nous l’entendions dimanche dernier à la Pentecôte où chacun entendait proclamer les merveilles de Dieu « dans sa langue maternelle » : Dieu notre Père nous parle avec la tendresse d’une mère.

En 2001 Benoît XVI n’était pas confronté comme il le fut dix ans plus tard à la théorie du genre et ne craignait pas la sortie de leur contexte des écrits de sainte Julienne qui disent ainsi : « Comme il est vrai que Dieu est notre Père, il est également vrai que Dieu est notre Mère. Et Lui m’a montré cette vérité en chaque chose, mais spécialement dans ces douces paroles, lorsqu’il dit :  “Je le suis”. Je suis la Puissance et la Bonté du Père ; je suis la Sagesse de la Mère ; je suis la Lumière et la Grâce qui est amour heureux ; je suis la Trinité ; je suis l’Unité ».

La vie des mystiques est une vie de prière, d’ascèse, de mortifications et de sacrifices. Avec ce contraste entre la charité qu’elles manifestaient aux pauvres et aux visiteurs, et l’abnégation de leur vie. Où Dieu seul suffit. 
C’est de lui que vient cette tendresse qu’on qualifie de maternelle des personnes qui donnent aux autres la douceur et le soin auxquels elles ont renoncé pour elles-mêmes. Pour elles, Dieu seul suffit. Père, Fils et Saint-Esprit.

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