Jean n’est pas un prénom de prophète : Jean est un prénom de Saint ! De tous les Saints et Saintes et grandes figures de sainteté canonisées ou non, il ressort du recensement effectué au siècle dernier par le Dictionnaire de Spiritualité (Ascétique et Mystique) que Jean est le prénom qui a le plus fructifié ! Il recense 234 grands spirituels qui portent ce prénom alors qu’il n’y a que 68 Pierre, 43 Henri, 31 Jacques, 16 Philippe …
234 Jean dont un très grand nombre de Saints : saint Jean Chrysostome († 407), saint Jean 1er pape et martyr († 526), saint Jean Climaque († 649), saint Jean Damascène († 749), saint Jean de Dieu († 1550), saint Jean d’Avila († 1569), saint Jean de la Croix († 1591), saint Jean Eudes († 1680), saint Jean Bosco († 1888), sans compter les composés saint Jean-Marie Vianney, saint Jean-Baptiste de la Salle, saint Jean-Paul II ….
Eux, « ils voulaient l’appeler Zacharie, du nom de son père ». Un nom de prophète ! Et quand sa mère, Elisabeth s’interpose : « Non, il s’appellera Jean ». « Personne dans ta famille ne porte ce nom-là ! », sa famille, famille de prêtres, comme l’étaient beaucoup de prophètes, puisqu’elle était comme son mari, « descendante d’Aaron » (Lc 1, 5).
Le baptême de Jésus par Jean-Baptiste est le 1er des mystères lumineux du Rosaire, parce qu’il éclaire et récapitule tous les prophètes qui l’avaient précédé et qui avaient annoncé le Messie.
Jean le Baptiste est à cet égard, avant d’être le précurseur, la touche finale, le point d’orgue des prophètes de l’Ancien Testament, et d’abord du plus illustre de tous, le prophète Elie, ainsi que l’Ange Gabriel l’annonce à Zacharie : « il marchera devant, en présence du Seigneur, avec l’esprit et la puissance du prophète Élie » (Lc 1, 17).
Après Elie, et son disciple Elisée, il y a les trois grands : Isaïe, Jérémie, Ezéchiel, je mets à part Daniel, même s’il leur est traditionnellement associé, mais le Livre de Daniel est un mélange de sagesse et d’apocalypse.
C’est par Isaïe que commence l’évangile de saint Marc : « Il est écrit dans Isaïe, le prophète : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour ouvrir ton chemin » (Mc 1, 2). Isaïe le prophète des derniers temps, le 5ème évangile, l’évangile de la sainteté. « Malheur à moi ! car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures, et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l’univers ! » (Is 6, 5).
Après Isaïe, Jérémie, le « vaincu victorieux », qui a marqué l’histoire par les épreuves de sa vie, l’homme de la conversion douloureuse : « Je te donne autorité, lui dit le Seigneur, pour arracher et renverser, pour détruire et démolir, pour bâtir et planter » (Jr 1, 4-10). Et lui dira : « Seigneur, fais-nous revenir à toi » (Jr 31, 18). L’appel à la conversion.
Après Isaïe et Jérémie, le 3ème grand prophète est Ezéchiel, à la parole dure, acérée, souvent cinglant, presque violent, si attaché à la transcendance de Dieu.
C’est bon ? Nous tenons les quatre premiers : Elie, Isaïe, Jérémie et Ezéchiel (en n’oubliant pas complètement Daniel). Passons aux douze petits, ainsi nommés par la brièveté de leurs écrits. Ils se partagent entre ceux d’avant l’Exil à Babylone (et la destruction du premier Temple de Jérusalem en 587 avant Jésus-Christ), et ceux du retour d’Exil (en 538).
Avant l’Exil, ils sont six, dont je vous propose de garder les 3 principaux : Osée, Amos et Michée, en laissant de côté Nahum, Habacuc et Sophonie, même si c’est Sophonie le premier, vers 630, à faire des pauvres l’objet du droit divin : « Je laisserai chez toi un peuple pauvre et petit ; il prendra pour abri le nom du Seigneur » (Soph. 2, 12).
Osée, la révélation de l’amour, « le Seigneur aime ses enfants alors même qu’ils se tournent vers d’autres dieux » (Os 3, 1), qui appelle à une vraie conversion, qui ne soit pas comme « une brume du matin, une rosée d’aurore qui s’en va » : « c’est la fidélité que je veux, non le sacrifice » (Os 6, 4).
Amos, l’exigence de justice au cœur d’une religion authentique, met en garde et secoue « la bande de vautrés » dans leur confort, au lieu de se préparer à la venue du Seigneur. Attention, dira aussi Jean-Baptiste, à ce jour-là !
Michée offre ce visage que pouvait avoir Jean-Baptiste de sagesse et modération : « Que devons-nous faire ? » lui demanderont les foules. « Homme, on t’a fait connaître ce qui est bien, ce que le Seigneur réclame de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité, et t’appliquer à marcher avec ton Dieu » (Mi 6, 8)
Au retour de l’Exil, le même message sera repris et approfondi, par ces 3 prophètes Aggée, Zacharie et Malachie (en laissant Joël, Abdias et Jonas, même si nous avons ainsi cité les douze).
Aggée encourage le peuple à rebâtir le Temple, lui promettant que ce second Temple serait plus illustre que le premier et l’égalerait un jour en gloire, en le prévenant que le Temple en soi ne suffit pas pour conférer la sainteté à un peuple qui commet des actions impures.
C’est au Temple qu’officiait Zacharie père de Jean-Baptiste (qui s’en ira prêcher au bord du Jourdain), dont le devancier le prophète Zacharie dit la tendresse de Dieu : « Celui qui vous touche, touche à la prunelle de mon œil », dit le Seigneur (Za 2, 12). Joël dira lui aussi cette confiance que nous pouvons avoir : « Quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé ».
Zacharie sera rejoint par Malachie, le prophète de la relation filiale, dont l’Ange Gabriel citera la promesse de « ramener le cœur des pères vers leurs fils, et le cœur des fils vers leurs pères » (Mal 3, 24).
Résumons ces dix noms à connaître : après Elie, les 3 grands : Isaïe, Jérémie et Ezéchiel, puis 3 d’avant l’Exil : Osée, Amos et Michée, et 3 d’après l’Exil : Aggée, Zacharie et Malachie, soit dix prophètes pour accompagner les dix Ave du 1er mystère lumineux du baptême de Jésus par Jean-Baptiste.
Pour les Pères de l’Eglise, l’Ancien Testament était tout entier orienté vers le Christ. Saint Ignace d’Antioche disait des prophètes qu’ils avaient été « les disciples du Christ l’attendant comme leur maître ». Il disait aussi que le Christ est « la porte du Père par laquelle entrent Abraham et Isaac et Jacob, et les Prophètes, et les Apôtres, et l’Eglise ».
Dans cette belle harmonie, 4 grands prophètes comme les quatre évangélistes, 12 petits comme les douze apôtres de l’Eglise, retenons ces dix noms répartis trois par trois après Elie : Isaïe, Jérémie et Ezéchiel ; Osée, Amos et Michée ; Aggée, Zacharie et Malachie.
Tous ces prophètes ont eu en commun d’avoir été saisis parfois malgré eux, en tout cas portés, emmenés au souffle de l’Esprit. Que leur parole de feu avive en nous l’amour de Dieu !