Nous sommes en cette fête de la Toussaint dans la joie et l’allégresse à cause des Saints, et nous sommes aussi dans la tristesse à cause de nos Défunts, quand bien même nous voudrions dissocier ces deux célébrations.
« Il n’y a qu’une tristesse, c’est de n’être pas des saints » disait Léon Bloy. Le Pape François l’avait cité dans son exhortation Gaudete et Exsultate « Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse » du 19 mars 2018 sur « l’appel à la sainteté dans le monde actuel ».
« Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse » sont les derniers mots des Béatitudes que nous venons d’entendre (Mt 5, 12), « car votre récompense est grande dans les cieux ».
C’est une chose que les épreuves que nous connaissons ; c’en est une autre que les regrets que nous aurons.
De toutes les formes de tristesse qu’il serait vain d’énumérer, entre l’accablement ou l’anxiété d’après saint Grégoire de Nysse, que saint Jean Damascène place après le découragement ou la perte de sens, l’acédie, entre l’envie de ce qu’ont les autres et la déception de ceux sur qui on pensait pouvoir compter, la plus terrible de toutes les tristesses est le regret.
Quand Léon Bloy dit qu’il n’y a « qu’une tristesse, c’est de n’être pas des saints », il nous fait comprendre qu’au soir de notre vie, notre plus grand regret sera de ne pas avoir assez aimé.
De ne pas avoir mis l’amour au centre de notre vie, l’amour de Dieu et des autres.
De ne pas avoir fait plaisir chaque fois que nous le pouvions, de ne pas avoir fait le bien qui était à notre portée, de ne pas avoir rendu service à ceux qui étaient près de désespérer, de ne pas avoir assez complimenté, encouragé, soutenu, aidé, alors que, au fond de nous, la voix de l’Esprit-Saint nous le demandait.
Dans la tristesse du souvenir de nos défunts, il y a le vide de leur absence et aussi, forcément, des regrets. Y compris de ne pas nous être préparés à nous retrouver auprès de Dieu.
Les Saints et les Saintes ont eu des regrets, comme nous, mais ces regrets ont disparu en voyant Dieu.
Les deux plus grands Saints, Marie et Joseph, qui ont été les premiers à aimer Jésus, qui ont passé le plus de temps avec lui et lui ont donné le plus d’amour, Marie et Joseph ont fait, quand Jésus avait douze ans, cette expérience de séparation et retrouvailles, d’angoisse et de soulagement, dans l’épisode dit du recouvrement au Temple (Lc 2, 41-52).
La Tradition y voit une des Sept douleurs de la Vierge Marie. Elle en a fait un mystère joyeux du Rosaire parce que c’est une scène de retrouvailles. Le mot parlera à tous ceux et celles d’entre vous qui espèrent revoir leur amour, ceux et celles qu’ils ont aimés : la joie des retrouvailles.
Je vous propose de prier ce mystère joyeux avec les Béatitudes que nous venons d’entendre.
Béni sois-tu Seigneur qui as dit : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux », car Joseph et Marie étaient des pauvres qui se rendaient en pèlerinage en famille au milieu de tant d’autres pèlerins, ce qu’ont été tous les Saints, des pèlerins en marche vers la Patrie céleste.
Béni sois-tu Seigneur qui as dit : « Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés », comme l’ont été Joseph et Marie qui ont dit à Jésus qu’ils avaient « souffert en le cherchant ». Pleurez avec ceux qui pleurent et vous serez consolés. « Dieu essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur », car « Voici que je fais toutes choses nouvelles » dit le Seigneur (Ap 21, 4. 5).
Béni sois-tu Seigneur qui as dit : « Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage », béni sois-tu pour la douceur de Marie, le calme de Joseph, l’homme juste, qui se sont soutenus sans jamais se disputer ni sombrer dans les reproches, unis par le lien de la douce charité.
Béni sois-tu Seigneur qui as dit : « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés ». Comme ceux qui s’étaient regroupés dans le Temple autour du jeune Jésus et qui l’écoutaient : « ils s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses ».
Béni sois-tu Seigneur qui as dit : « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde », cette miséricorde pour tous ceux qui se rendaient au Temple pour adorer Dieu, et lui demander le pardon des péchés.
Béni sois-tu Seigneur qui as dit : « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ». Saint Thomas d’Aquin qui commente ces Béatitudes dans la Somme Théologique (Ia IIae, Q. 69), dit que les trois premières écartent les erreurs de la ‘vie voluptueuse’ ; les deux suivantes portent sur les œuvres de la vie active « qui ordonnent l’homme à son prochain », la justice et le pardon ; et les deux dernières montrent le chemin de la vie contemplative, dans la pureté du cœur et la recherche de la paix.
Béni sois-tu Seigneur qui as dit : « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés enfants de Dieu ». L’esprit de paix est la marque des Saints avec l’humilité dont Jésus est l’exemple en retrouvant ses parents : « Il descendit avec eux pour se rendre à Nazareth, et il leur était soumis » parce qu’il avait douze ans.
Béni sois-tu Seigneur qui as dit : « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux », rappelant à Marie et Joseph le sacrifice qu’ils firent lors de la Présentation au Temple, ce couple de tourterelles ou deux petites colombes, qui annonçait le sacrifice du Christ, mais qui aussi les représentaient eux qui se sont offerts à Dieu comme tous les Saints.
Le Christ Jésus les a guidés dans les épreuves de leur vie jusqu’à ce qu’ils prennent au Ciel la tête de ce cortège immense de tous ceux Seigneur qui t’ont tant aimé.
« Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! ».
Votre cœur se réjouira quand vous vous retrouverez.