Se confesser pour la Toussaint ?

Est-ce que vous êtes allé ou est-ce que vous irez vous confesser pour la Toussaint ?

De quoi ?

‘Oui, me confesser de quoi ?’ m’avait répondu un beau gosse, dix jours avant son mariage. C’était le dernier rendez-vous que j’avais avec ce couple de fiancés, le premier que j’ai préparé au mariage, on ne l’oublie pas ! Dans mes dernières recommandations, je leur avais dit qu’ils pourraient aller se confesser avant. Lui, immense, très sûr de lui, président à vingt-cinq ans de l’entreprise qu’il avait créée, d’autant plus grand qu’il s’était levé pour dorloter sur son bras leur bébé, m’avait toisé avec mépris : ‘Me confesser de quoi ?’

La réponse est dans l’évangile : de ne pas aimer Dieu de tout notre cœur. De vivre certaines de nos journées comme si Dieu n’existait pas. De ne pas participer chaque dimanche à la messe, pour nous unir à la prière commune et à la communauté de prière d’adoration de Dieu et d’offrande de nos vies à la louange de sa Gloire. D’avoir fait souffrir des proches.

La première lecture, que l’Eglise place en éclairage de l’évangile, est tirée du Livre de l’Exode (Ex 22, 20-26). Elle contient quelques-uns des commandements de Dieu et devoirs de solidarité auxquels notre époque préfère les Droits de l’homme. Dans ce passage, le Seigneur dit à ceux qui accableraient la veuve et l’orphelin : « s’ils crient vers moi, j’écouterai leur cri. Ma colère s’enflammera ».

Comme l’Ange du Seigneur désigne l’Esprit-Saint, la colère de Dieu désigne le Jugement.

Ce Jugement donne sens à ce que nous allons célébrer à la Toussaint, où nous rendrons grâce pour ceux qui y ont échappé suivant la promesse du Christ : « Qui écoute ma parole et croit en Celui qui m’a envoyé, obtient la vie éternelle et il échappe au jugement, car déjà il passe de la mort à la vie » (Rm 5, 24). Et, à la messe des défunts, nous demanderons cette grâce pour ceux qui nous ont quittés de les retrouver, en priant qu’ils échappent, et nous aussi ! à ce Jugement.

Lorsque le Christ dit qu’il n’est pas venu pour juger le monde, mais pour que par lui, le monde soit sauvé (Jn 3, 17 ; 12, 47), cela ne contredit nullement qu’il est Juge des vivants et des morts. D’ailleurs dans un mois, pour la fête du Christ-Roi, et donc Christ-Juge, nous le verrons dans la parabole du Jugement dernier exprimer cette colère : « Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits, dans le feu éternel » (Mt 25, 41). Sentence terrible d’un châtiment éternel.

Est-ce que la colère de Dieu s’est déjà manifestée dans l’histoire ? 

On peut en relever des signes dans l’Ancien Testament, le premier Déluge, le déluge de feu sur Sodome et Gomorrhe, … mais sa révélation ultime, l’apocalypse, dépassera tout ce qui s’est produit de plus atroce et de plus effrayant, qui n’auront été à côté que des feux de paille. 

L’amour de Dieu est un feu brûlant qui consume ce qui est impur et épargne le vivant. 

Voilà pourquoi il vaut mieux, avant notre mort, jeter dans ce feu ou si vous préférez dans l’océan de sa miséricorde nos fautes, tous les péchés que nous avons commis, pour autant que nous en prenions conscience.

Mes bien-aimés, dit saint Paul, vous qui avez toujours obéi (aux commandements de Dieu), « travaillez à votre salut avec crainte et tremblement » (Ph 2, 12). 
La traduction liturgique est très en-deçà de la réalité qui dit : ‘avec crainte et profond respect’. Profond respect ? Le latin avec lequel nous avons prié pendant vingt siècles dit “cum metu et tremore”, metus la crainte a donné méticuleux qui désignait l’anxieux qui a peur de tout, tandis que tremor est issu du verbe tremere qui a donné en français le verbe trembler.
Le texte grec utilise le mot phobos qui a donné phobie et tromos la terreur qui terrorise a une parenté attestée avec le traumatisme qui en est la conséquence.

‘Crainte et tremblement’ est le titre de l’essai que le philosophe danois Søren Kierkegaard, existentialiste et protestant, avait publié en 1843, tombé dans l’oubli parce qu’il confondait la foi et l’anxiété. Nous ne croyons pas parce que nous avons peur : nous avons peur parce que nous savons ce que nous avons reçu et ce que nous en faisons et avons fait. Parce que nous savons que nous rendrons compte de nos actes. Parce que tout se paye un jour.

Tout se paye, sauf la grâce de Dieu !

Encore faut-il y croire ! Demander cette grâce, accueillir cette grâce de notre baptême et en vivre tous les jours ! Nous avons été plongés dans l’océan de l’amour.

Devant la mort, le Christ a connu frayeur et angoisse (Mc 14, 33). Non pour ses péchés mais pour les nôtres : c’est la différence entre la souffrance purificatrice et la souffrance rédemptrice ou réparatrice dont parle saint Paul dans la Lettre aux Romains lorsqu’il dit de Dieu que nous sommes ses enfants et donc aussi ses héritiers « si du moins nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire » (Rm 8, 17). 

La peur de la mort n’est pas un péché. C’est plutôt l’inverse, comme s’en indigne celui des deux malfaiteurs crucifiés avec Jésus qui refuse de se mêler comme l’autre aux insultes de la foule : « Tu ne crains donc pas Dieu ! Pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal » (Lc 23, 41). 

Il faut avoir à l’esprit ce formidable signe d’espérance qui nous a été donné alors que les ténèbres s’abattaient sur la terre : « Seigneur, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume ! ». « Aujourd’hui, avec moi, au Paradis ».

‘Je n’ai rien fait de mal’ : combien de fois ai-je entendu cette parole qui, même si elle sous-entend de ‘très mal’, est plus ridicule qu’enfantine.

Dans cette parabole du Jugement dernier que nous entendrons pour la fête du Christ-Roi, tous, bons et mauvais, manifestent leur étonnement devant la mise en lumière des actes de leur vie. Nous serons tous surpris et c’est pourquoi nous devons entendre pour nous-mêmes la demande du Christ de ne pas juger, et donc de ne pas nous juger nous-mêmes : ne vous jugez pas, mais convertissez-vous ! Purifiez-vous !

Purifions surtout notre idée de Dieu : c’est le travail de toute notre vie. 

S’il n’est pas au centre de notre existence, s’il n’est pas la finalité ultime de toutes nos actions, c’est qu’il n’est pas Dieu. 

Voilà la première phrase que nous pourrons dire quand nous irons nous confesser, pour la Toussaint, pour le Christ-Roi ou pour Noël : Pardon Seigneur de ne pas te craindre, de ne pas craindre de refuser ton amour, de ne pas craindre de violer tes commandements, de ne pas craindre de pécher, de ne pas craindre d’être un jour séparé de toi.

La crainte de Dieu, dit saint Augustin, prépare la place à la charité. Plus celle-ci augmente, plus l’autre décroît. C’est pourquoi l’Ecriture dit que la sagesse commence avec la crainte du Seigneur. Le même saint Augustin déplorait les chrétiens de surface dont la perspective de l’enfer arrête la main mais pas le désir. Il disait de Dieu qu’il est « le seul qu’on ne puisse craindre sans l’aimer ».

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