Venez, adorons-le

Monsieur et Madame (Julien et Marie-Madeleine) Eymard ont un fils. 

Comment l’appellent-ils ?

Jean ? Non : Pierre-Julien. 2ème de sa fratrie après sa sœur aînée Marie-Anne, saint Pierre-Julien Eymard est né le 4 février 1811 près de Grenoble à La Mure où il est mort à 57 ans le 1er août 1868, après avoir été prêtre diocésain, puis religieux, et enfin fondateur des deux Congrégations des Pères du Saint-Sacrement et des Servantes du Saint-Sacrement, dédiées à l’adoration eucharistique à vocation réparatrice. Il avait un profond amour du Cœur sacré de Jésus, et un tourment incessant des souffrances qui lui sont infligées par l’humanité. 

Deux siècles après les apparitions du Christ à saint Marguerite-Marie à Paray-le-Monial (1675), saint Pierre-Julien Eymard fait partie en ce milieu du 19ème siècle de ce que les historiens de la spiritualité appellent la 2ème vague réparatrice, la réparation étant une attitude chrétienne fondamentale : quand quelque chose ne va pas dans la vie, vous pouvez soit vous en laver les mains, pour prendre cette image de l’évangile, ce qui est déjà mieux que de se livrer à toutes sortes de critiques ou d’accusations qui ne font rien avancer, soit vous agissez pour réparer, rétablir, secourir, restaurer. 
C’est l’image biblique de la reconstruction du Temple que le pape Léon a choisie dans son encyclique sur l’intelligence artificielle, faisant découvrir ce texte du livre de Néhémie ignoré par la Liturgie et la Tradition (au point d’être absent des lectures de la messe comme des enseignements des Pères) : à situation nouvelle, proposition nouvelle.

Le principe chrétien est simple : soit vous critiquez, soit vous réparez. 

Et le disciple du Christ, le Catholique sait que c’est à celui qui est présent de réparer, quand bien même ce n’est pas lui qui a abîmé. Question de solidarité. Ainsi se comprend l’adoration réparatrice des outrages au Cœur sacré de Jésus. C’est ce principe qui fonde la multiplication des pains : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mt 14, 16).

En matière de charité, notre responsabilité est de discerner urgences et priorités. 

La priorité que l’évangile de saint Marc indique dans son récit de la multiplication des pains est ce que la Tradition considère comme la 1ère œuvre de miséricorde spirituelle : enseigner les ignorants. Quand « Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de compassion envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les enseigner longuement » (Mc 6, 34). Saint Matthieu, lui, parle de l’urgence : guérir les malades, avant de nourrir les affamés, 1ère des œuvres de miséricorde corporelle, « j’avais faim et vous m’avez donné à manger ».Vous étiez malades et vous êtes venus jusqu’à moi.

Saint Pierre-Julien Eymard mort le 1er août est fêté le 2 août depuis sa canonisation en 1962, car le 1er août est la fête de saint Alphonse de Liguori († 1787) canonisé en 1839, fondateur des Rédemptoristes (la rédemption est un synonyme de réparation) et saint patron des confesseurs. Formidable succession en ce milieu d’été : confession, réparation, adoration ! Mieux encore, vu la fête la veille, le 31 juillet, de saint Ignace de Loyola : discernement, confession, adoration, louange et réparation.

Tous les trois, Ignace, Alphonse et Pierre-Julien, ont reçu de l’Esprit-Saint la mission de fonder leur service de l’humanité – sur le Christ, « pain vivant descendu Ciel » (Jn 6, 51) : « Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous » (Jn 6, 53).
Et à leur suite et à la suite de toute la Tradition nous lisons ces récits de multiplication des pains comme l’annonce par le Christ du sacrifice de sa vie et de l’institution de la Messe :toute messe est un sacrifice de louange et de réparation, qu’il nous a commandé de perpétueren mémoire de lui pour avoir la vie en nous. 

Ordonné comme prêtre diocésain, saint Pierre-Julien a rejoint peu après la Société de Marie des Pères maristes, fondée l’année de son ordination en 1836, consacrée comme tant de congrégations catholiques pendant des siècles à l’éducation des enfants pauvres ou abandonnés. Il faudrait s’interroger sur leur actualité depuis que l’école est prise en charge par l’Etat (depuis 1882 en France !), et que l’enseignement catholique lui est, qu’il le veuille ou non, de plus en plus soumis. Et en tout cas envisager au moins un moratoire, après tous les abus commis pendant des décennies, autant d’outrages au Cœur de Jésus.

Saint Pierre-Julien Eymard avait gardé sa liberté en se consacrant à ce qui est le cœur de la mission de l’Eglise, l’Eucharistie. Il est le juste compagnon du saint Curé d’Ars, saint Jean-Marie Vianney († 1859), que nous fêterons dans deux jours le 4 août, deux jours avant la fête de la Transfiguration le 6 août, icône avec le Buisson ardent de l’adoration eucharistique. Saint Jean-Marie Vianney avait commencé, en arrivant dans sa paroisse en 1824, par créer des écoles pour les filles et pour les garçons, avant de les confier à des congrégations spécialisées, pour passer son temps à confesser.

L’Eglise n’est pas une œuvre sociale : elle est le Corps mystique du Christ qui nous enseigne à le reconnaître en toute personne qui souffre, que ce soit physiquement, de la faim, – « j’avais faim et vous m’avez donné à manger », ou spirituellement de l’ignorance. 
Les œuvres de miséricorde corporelle, nourrir les affamés, visiter les malades, sont indissociables des œuvres de miséricorde spirituelle : enseigner les ignorants, rassurer ceux qui doutent, prier pour les défunts. Compassion et instruction ne s’opposent pas plus que vie active et vie contemplative. 
Dans l’Ancien Testament, le don de la manne précède le don de la Loi : il ne sert à rien de parler aux affamés. Pas plus qu’aux gavés ! Mais la vraie nourriture, la plus substantielle est celle que le Seigneur nous a ordonné de demander dans la prière du Notre Père : donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour, le pain super-essentiel de la Révélation.

Prenons soin à nourrir notre esprit autant que notre corps si nous ne voulons pas, nous qui avons été tirés corps et âme du néant, non pas retourner au néant, mais pire : être damnés.

L’homme ne vit pas que de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.

Si Dieu est Dieu, Dieu est premier : la priorité des priorités, c’est l’adoration de Dieu. Venez, adorons-le.

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