Seigneur, ordonne-moi de venir à toi

Le 9 août, l’Eglise fête sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix, Edith Stein, au double titre de vierge et de martyre. Vierge, elle s’est consacrée à Dieu, elle a consacré sa virginité pour le Royaume dans la vie religieuse au Carmel où elle est entrée à 41 ans en 1933. Elle en avait le désir depuis son baptême dix ans plus tôt à l’âge de 30 ans en 1922. Mais son directeurspirituel lui avait demandé de différer cette entrée pour continuer tant qu’elle pouvait à enseigner la philosophie, à écrire et donner des conférences. Jusqu’à ce que cela lui fut interdit à l’arrivée d’Hitler au pouvoir : 1933.

Elle est morte à Auschwitz le 9 août 1942, s’étant laissée arrêter et déporter par solidarité avec le peuple juif dont elle était issue, comme tout Chrétien, donnant le double témoignage blanc et rouge de la vie consacrée dans la virginité et du martyre dans le sang. Elles sont nombreuses tout au long de l’histoire et aujourd’hui encore les Saintes vierges et martyres qui vivent de façon totale ce que nous célébrons à chaque messe : l’offrande de soi à la suite du Christ. 

La virginité pour le Royaume est une des plus belles vocations de l’Eglise, un de ses plus grands trésors, qui fait partie du Sacerdoce du Christ, roi des Vierges et roi des Martyrs : puissance, honneur et gloire à celles et ceux qui répondent à cet appel et y restent fidèles jusqu’à la mort.

Beaucoup y compris de Chrétiens ne le comprennent pas, ne comprennent pas que « ce n’est pas la chair corruptible qui rend l’âme pécheresse mais au contraire l’âme pécheresse qui a rendu la chair corruptible » (saint Augustin, Cité de Dieu, XIV, 3).

A quelques jours de la fête de l’Assomption, de l’entrée au Ciel de la Très sainte Vierge Marie, il convient de rappeler ce signe prophétique de la virginité pour le Royaume, un des grands marqueurs de la dignité humaine qui ne trouve pleinement son sens que dans la relation à Dieu.

L’expression de ‘dignité ontologique’ est équivoque qui semble ignorer Dieu. Le Pape Jean-Paul II, dans sa 2ème encyclique « Riche en miséricorde » (1980), affirmait que la personnehumaine ne retrouve sa dignité que dans sa réconciliation avec Dieu. Les vierges et les martyrs offrent leur vie comme le Christ pour cette réconciliation.

Après l’avoir béatifiée en 1987 dans la cathédrale de Cologne, Jean-Paul II a proclamé en 1999 sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix co-patronne de l’Europe avec sainte Brigitte de Suède († 1373), et sainte Catherine de Sienne († 1380). Sur les trois, deux sont des Vierges qui ont réalisé par leur vie ce que nous célèbrerons le 15 août : c’est la Vierge Marie qui en donnant corps au Fils de Dieu a consacré la virginité au-delà du mariage.

L’évangile de ce dimanche, l’appel du Christ à Pierre de venir le rejoindre en marchant sur la mer battue par les vagues, en est une image : « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir à toi » dans l’état de vie où je suis. Saint Ephrem le Syrien († 373) disait : « la sexualité appartient à la terre, la virginité au paradis, au séjour de Dieu et des anges ». Au 5ème siècle, Denys l’Aréopagite faisait le lien entre la virginité de Marie qui conçoit surnaturellement et la marche de Jésus sur les eaux « sur une eau fluide qui supporte la charge de ses pas terrestres »(Cf. saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, Tertia Pars, Q. 28, a. 2 sol. 3).

Edith Stein, sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix, était une philosophe de haut niveau, disciple de Husserl, avec qui elle avait passé sa thèse. Jeune elle s’était engagée pour le Droit des Femmes en particulier à l’époque à voter. « Jeune étudiante, écrit-elle, je fus une féministe radicale. Maintenant je suis à la recherche de solutions purement objectives ». Que faut-il entendre par là sinon la dimension subjective de tous les sujets ayant trait à la vie sociale, par différence avec le seul sujet objectif de la recherche de la vérité. Faisant le bilan de sa vie, elle écrira plus tard : « Ma quête de vérité était mon unique prière ».

Dans sa thèse de philosophie « sur le problème de l’empathie », devenue un classique et une référence, Edith Stein définit l’empathie comme « l’expérience de la conscience étrangère », c’est-à-dire du mystère de l’autre. Au contraire de la sympathie qui est une affinité de similitude, l’empathie est l’expérience de sa différence, le respect du caractère unique et singulier de chaque personne. 
Cela l’a peut-être préparée à la rencontre du Christ, quatre ans plus tard, où dans son humanité semblable à la nôtre elle reconnaît sa divinité, et trouve sa dignité. Elle peut alors s’exclamer : « Il est la vérité ». Le chemin et la vie.

L’évangile de ce dimanche dit que c’est en « voyant la force du vent » que Pierre, sorti de la barque, prit peur et commença à enfoncer. C’est en se laissant envahir et même submerger parses sensations les plus subjectives, par ce qu’il ressentait, qu’il a perdu confiance, que la grâce l’a quitté, et qu’il s’est mis à crier.

Entrée au couvent, Edith Stein s’est accomplie dans la vie religieuse, comme en a témoigné la maîtresse des novices : « C’était plaisir de voir comment elle s’épanouissait à vue d’œil et rajeunissait. Elle semblait avoir oublié son passé, sa science et ses talents. […] Que de fois elle a ri jusqu’aux larmes ! ». Incarnation parfaite du Cantique des Cantiques : j’ai trouvé celui que mon cœur aime.

Tous les baptisés ne sont pas appelés à la virginité pour le Royaume, mais tous à la chasteté, à une certaine chasteté, de pudeur et de respect du sacré de la personne âme et corps, pas plus que tous ne sont appelés au mariage, ni à la vie communautaire, ni familiale, ni à être époux et parents, ni à la vie consacrée, mais tous à la charité. 

L’Esprit-Saint agit en chacun d’une manière que Dieu seul connaît, mais il n’y a pasd’annonce de l’Evangile ni d’entrée dans le Royaume sans le témoignage et le concours des vierges et des martyrs. 
Pour les Pères du Concile (cf. Gaudium et spes, n. 22) « cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ, mais bien pour toutes les personnes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. Puisque la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associé au mystère de Pâques » de la mort du Christ et de la Résurrection.

Dieu, nous te louons, Seigneur, nous t’adorons, dans l’immense cortège de tous les Saints !

Partager cette homélie

Recevez les homélies chaque semaine

Recevoir l'homélie chaque semaine