Pierre n’est pas le premier ni le seul à dire à Jésus ou de Jésus qu’il est le Fils de Dieu.
Lors de la marche sur les eaux, un peu plus tôt dans l’évangile de saint Matthieu, nous l’entendions il y a deux dimanches, quand Pierre et Jésus « furent (re-)montés dans la barque, le vent tomba. Alors ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui, et ils lui dirent : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! » (Mt 14, 33).
Au moment de la Passion, le grand prêtre Caïphe adjure Jésus « de nous dire si c’est toi qui es le Christ, le Fils de Dieu » (Mt 26, 63), Jésus répond : C’est toi-même qui l’as dit ! En tout cas, je vous le déclare : désormais vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant et venir sur les nuées du ciel ». Et il est condamné à mort.
Crucifié, les passants l’injuriaient : « Toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, si tu es Fils de Dieu, et descends de la croix ! » (Mt 27, 40). De même, les grands prêtres, les scribes et les anciens se moquaient : « Que Dieu le délivre maintenant, s’il l’aime ! Car il a dit : “Je suis Fils de Dieu” » (Mt 27, 42).
Jésus meurt sur la Croix. Le centurion et ceux qui gardaient Jésus furent saisis d’une grande crainte et dirent : « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu ! » (Mt 27, 54).
Puisque demain 24 août c’est la saint Barthélémy, identifié à Nathanaël par la Tradition, souvenons-nous de la façon dont Jésus l’accueille au début de l’évangile de saint Jean d’un splendide : « Voici un vrai fils d’Israël, un homme qui ne sait pas mentir ». Nathanaël lui demande : « D’où me connais-tu ? » Jésus lui répond : « Avant que Philippe t’appelle, quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu », et Nathanaël s’exclame : « Rabbi, c’est toi le Fils de Dieu ! C’est toi le roi d’Israël ! » (Jn 1, 49).
A la mort de Lazare, quand Jésus dit à Marthe : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? », Marthe répond : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. » (Jn 11, 27).
Pierre n’est pas le premier ni le seul à reconnaître en Jésus le Fils de Dieu.
Et vous, le croyez-vous ? Et à qui l’avez-vous déjà dit, en dehors de l’église où nous le professons le dimanche à la messe ? Est-ce qu’il vous est déjà arrivé de vous engager ainsi publiquement : Je crois que Jésus est le Fils de Dieu.
Vous savez que cela énerve les croyants des autres religions, pour qui c’est un blasphème, une aberration. Pourtant, c’est la définition du Chrétien : être chrétien c’est croire et professer, au péril de sa vie ou de son confort, suivant les lieux et les époques, que Jésus est Dieu et Fils de Dieu. Vrai Dieu et vrai homme.
C’est risqué ! Ça fait peur. Depuis le début. Dans l’évangile de saint Jean, lors de la guérison de l’aveugle-né, les parents de cet homme guéri par Jésus refusent de répondre aux questions : « Comment peut-il voir maintenant, nous ne le savons pas ; et qui lui a ouvert les yeux, nous ne le savons pas non plus. Interrogez-le, il est assez grand pour s’expliquer ». L’évangéliste explique qu’ils « avaient peur » parce que les autorités avaient promis « d’exclure de leurs assemblées tous ceux qui déclareraient publiquement que Jésus est le Christ » (Jn 9, 22). Ne parlons même pas du Fils de Dieu.
Et on a raison d’avoir peur : l’apôtre Nathanaël ou Barthélémy a été atrocement martyrisé, au point d’être représenté portant sa propre peau puisqu’il fut écorché vif, crucifié puis décapité.Un écorché vif au sens propre. Ce que tout chrétien peut être au sens figuré dans son amour pour le Christ quand on entend les sornettes ou les horreurs sans cesse proférées sur lui.
On en disait évidemment autant du temps de Jésus. Les Apôtres, quand Jésus leur demande ce que les gens disent de lui, ne les évoquent pas, peut-être ne les entendaient-ils pas, vivant en vase clos autour de leur maître, ou ne voulaient-ils pas les entendre ni surtout y prêter attention.
Pourquoi Jésus leur ordonne-t-il alors, comme l’évangile le mentionne à la fin, « de ne dire à personne que c’était lui le Christ », le Fils de Dieu ?
Le moment n’était pas venu. « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter » leur dit-il dans l’évangile de saint Jean (Jn 16, 12), en annonçant le don de l’Esprit, l’Esprit de vérité, pour les conduire dans la vérité tout entière.
Les disciples en effet n’avaient pas encore reçu l’Esprit-Saint de la façon dont ils l’ont reçu à la Pentecôte, après la Résurrection du Christ et son Ascension. C’est à ce moment-là que Dieu les a ‘confirmés’ dans leur mission, comme nous-mêmes avons été baptisés et confirmés pour professer que Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant.
C’est la Clé du Royaume : « Celui qui se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux » (Mt 10, 33).
Et vous, à qui l’avez-vous déjà dit, que Jésus est le Fils de Dieu, ou à qui enfin le direz-vous ?