C’est par le diable, c’est même « par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde » dit le Livre de la Sagesse dans l’Ancien Testament (Sg 2, 24).
D’où vient qu’il y ait du mal dans le monde, de l’ivraie au milieu du blé ? La réponse est claire : « C’est un ennemi qui a fait cela ». L’Ennemi, l’Adversaire, le Diable. Telle est la foi catholique du péché originel : c’est par la tentation du diable et le consentement de l’homme que la mort est entrée dans le monde.
La déclaration des droits de l’homme parle de sa naissance (« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits »), et ignore sa mort, et le jugement de notre vie, le tri qui sera fait entre les bons et les mauvais, entre les fils du Royaume qui auront reconnu Dieu pour Père, et les fils du Mauvais qui auront fait le mal.
Nous ne sommes pas à égalité devant le mal. Ni par notre caractère, notre éducation, nos ambitions, notre conscience morale et notre méfiance du Démon et des démons !
Me permettrez-vous, en ce temps d’été, un peu de légèreté, pour repartir du caractère et de cette division qui date de l’Antiquité en quatre humeurs de base : mélancolique, colérique, sanguin, lymphatique. Auxquelles je vais ajouter trois autres traits pour composer une sorte de jeu des 7 familles de nos mauvais penchants attisés par les démons.
Souvenons-nous de ce qui est arrivé au 1er roi d’Israël, le roi Saül, quand un esprit de jalousie s’empara de lui (1 Sam 18, 10). Cela peut tous nous arriver.
Commençons par les ‘mélancoliques’ dont une gravure d’Albrecht Dürer (1471-1528) ‘Mélancolie I’, donne une prodigieuse représentation. Il ne s’agit pas ici de dépression mais de ces personnes accablées à l’excès, de ces rabat-joie qui peuvent être aussi différents que le râleur, le grincheux ou le geignard, incapables comme les opposants à Jésus de s’émerveiller, de se réjouir de ce qui va bien, oubliant que « du seul fait qu’elle est, la créature est bonne, belle et vraie » (saint Thomas d’Aquin, De veritate, Q.1, a..1, cf. Ia pars Q. 103 a. 4).
Le colérique est un agressif. « Jusqu’à présent le royaume des Cieux souffre violence et des violents cherchent à s’en emparer » dit Jésus (Mt 11, 12) qui sait jusqu’où peut aller la perte de contrôle de soi alliée à l’intolérance et l’idéologie.
Mettons de côté le sanguin qui désignait le cœur généreux pour passer au lymphatique, flegmatique hors sol, qui ne vit pas dans le même monde que les autres. Si la seule façon de trouver le calme est de se retirer du monde pour se réconcilier avec soi-même, il reste à savoir si c’est pour son confort ou pour s’offrir à Dieu en sacrifice spirituel avec le Christ.
Le contraire du sanguin au sens du cœur généreux, c’est le radin. Il représente avec le jaloux et le jouisseur trois grandes formes de relations obsessionnelles aux biens, à « ce qui est à moi ! », que la 1ère Lettre de saint Jean dénonce comme venant « non pas du Père, mais du monde : la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, l’arrogance de la richesse » (1 Jn 2, 16), trois cristallisations de l’avoir : le jouisseur, le radin et le jaloux.
Cette typologie, pour rudimentaire qu’elle soit, peut être complétée par la figure du maniaque qui veut tout contrôler, avec ses variantes, le perfectionniste ou le scrupuleux.
Enfin, pour le 7ème et dernier, le plus terrible est l’envahisseur, intrusif, incapable de tenir sa place, le bavard débordant prompt à vous ‘tunnelliser’ : il n’écoute pas. Il ne ramène pas tout à lui comme le jouisseur ou le profiteur : il vous pompe l’air, on ne peut plus respirer.
En voilà sept comme dans le jeu des sept familles : les pessimistes pesants (pisse-froids disait le Pape François), les colériques stressés, les enfouis dans leurs pensées, les profiteurs, les radins, les jaloux, les maniaques et les envahisseurs.
On peut bien sûr cumuler, et se posent deux questions : Est-ce qu’on peut soi-même en guérir ? Et face à eux comment se comporter ?
Est-ce qu’on peut en guérir ? Ces travers à petite dose n’empêchent pas la sainteté. A condition d’être sincère : sans fausseté, mensonge ni manipulation qui sont l’apanage des démons.
La distraction de l’immense saint Thomas d’Aquin était légendaire qui ne s’apercevait pas de la présence de visiteurs mais compensée par une bienveillance et une confiance illimitée. Durant une tempête terrible en bateau, il était le seul à demeurer tranquille parmi les matelots effrayés, se signant à chaque éclair et répétant : « Dieu s’est incarné ; Dieu est mort pour nous ».
On peut en guérir quand on en a le désir, comme en a témoigné sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus par le miracle de la nuit de Noël 1886, où elle a soudain cessé de pleurnicher à chaque remarque de son père : « En un instant, l’ouvrage que je ne pus faire en dix ans, Jésus le fit, se contentant de ma bonne volonté ». Encore faut-il cette ‘bonne volonté’, notre participation !
Et avec ces démons, comment se comporter ?
Dans la parabole, le maître n’appelle ni à la résignation ni au combat alors qu’il dit clairement : ‘C’est un ennemi qui a fait cela’. Car un combat doit être mené avec une probabilité suffisante de l’emporter, en tenant compte des dégâts susceptibles d’être occasionnés, en utilisant des moyens proportionnés, et surtout en dernier recours, quand toutes les autres possibilités n’ont rien donné. En revanche, il appartient à ceux qui ont le charisme contraire de le déployer, pour rééquilibrer, contrebalancer et entraîner, dans l’Espérance, tous ceux qui seraient enclins à désespérer.
La confiance en Dieu n’interdit pas, au contraire, la passion et l’enthousiasme, pour retrouver ensemble la joie du Salut !
La Tradition de l’Eglise (ses plus grands maîtres comme saint Jean de la Croix ou sainte Thérèse d’Avila) est catégorique sur ce qui peut empêcher une âme de parvenir à son épanouissement : le manque de générosité et l’incompétence de ses conseillers.
Voilà 7 familles de démons : le défaitiste mélancolique et grincheux ; le coléreux ; le jouisseur décomplexé profiteur égocentré ; le radin ; le jaloux ; le maniaque ; et l’écraseur envahissant, vaniteux vantard intrusif et débordant.
Le nom du Diable est : Tintamarre !
Silence tais-toi.