Quel est le meilleur jour de la semaine pour se retrouver, chaque semaine en plus du dimanche, entre Catholiques, mais par petit groupe de six ou sept, huit ou dix, pour échanger sur l’évangile du dimanche suivant ?
Je l’ai vécu entre prêtres durant des années, dans deux paroisses successives, au Conseil des prêtres du jeudi matin, et ce sont peut-être les meilleurs moments de ma vie, qui ne sont pas réservés aux prêtres : j’ai aussi connu de telles réunions de baptisés de tous états de vie pour partager sur l’évangile du dimanche – suivant plutôt que précédent : qu’on le veuille ou non, nous vivons le dimanche comme la fin de la semaine. Dont la messe est le sommet.
Se retrouver ainsi chaque semaine en plus du dimanche est une astreinte forte d’autant que les déplacements, le temps passé en transport tient une place considérable dans notre vie. Ce n’est pas nouveau : on vient de l’entendre dans l’évangile pour Jésus et ses disciples, sans cesse à marcher, sur les routes. On y fait peu attention parce que les évangiles de Matthieu, Marc et Luc, sont construits comme une seule montée de Jésus à Jérusalem, à la différence de saint Jean qui relate de façon plus conforme à la réalité historique plusieurs venues de Jésus à Jérusalem : on appelle pourtant l’évangile de saint Jean « l’évangile spirituel », ce qui n’est pas contradictoire avec la réalité historique, au contraire.
On appelle l’évangile de Matthieu « l’évangile ecclésial » à cause de l’importance qu’il donne à l’Eglise, à la communauté des croyants, dont il faut souligner qu’il ne l’identifie jamais au Royaume. L’Eglise n’est pas le Royaume, grâce au Ciel ! Elle est le lieu de notre conversion.
Matthieu lui-même est l’homme de la conversion que Jésus est allé chercher, différemment des premiers disciples au bord du lac, à son bureau de publicain, collecteur d’impôts. « Jésus vit, en passant, un homme, du nom de Matthieu, assis à son bureau de collecteur d’impôts. Il lui dit : « Suis-moi. » L’homme se leva et le suivit » (Mt 9, 9).
L’Eglise est le lieu de notre conversion. La condition en est l’écoute de la Parole de Dieu, et c’est pourquoi ce dimanche lui est consacré, qui tombe cette année ce 25 janvier le jour de la fête de la conversion de saint Paul : « Qui es-tu, Seigneur ? » La voix répondit : « Je suis Jésus, celui que tu persécutes » (Ac 9, 5). Notre conversion a une dimension morale : fais ce qui est bien. « Évite le mal, fais ce qui est bien » (Ps 36, 27).
Pour suivre le Christ, suivons l’exemple des Saints. Saint Dominique emportait toujours avec lui l’évangile de saint Matthieu, qu’il connaissait par cœur. Pour nous il suffit déjà, pour nous y retrouver, d’avoir en tête les cinq grands discours de Jésus autour desquels l’évangile de Matthieu est construit.
Le 1er est le Sermon sur la Montagne qui commence par les Béatitudes (chapitres 5 à 7), et qui est comme la carte au trésor de notre vie. Le 2ème discours au chapitre 10 porte sur la Mission qui est annoncée dès le début de l’évangile : « Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d’hommes ». Le 3ème, le plus facile à retenir, est le discours en paraboles au chapitre 13, sept paraboles dont la première est celle du semeur sorti pour semer. Le 4ème discours de Jésus, au chapitre 18, s’adresse à la communauté des croyants, avec deux insistances sur l’attention aux petits et sur le pardon. Enfin le 5ème, aux chapitres 24 et 25, invite à rester éveillés face à la fin des temps. Veillez et priez.
Seuls et dans l’Eglise. L’appartenance à la communauté des croyants est une des lignes de force de l’évangile de saint Matthieu. Vers 1740 un riche cultivateur de l’Yonne pouvait réunir chaque soir après souper sa maisonnée pour leur lire deux ou trois chapitres de la Bible : « Recueillons-nous mes enfants, c’est l’Esprit-Saint qui va parler ». C’est son fils qui l’a raconté même si lui n’a pas continué (Rétif de la Bretonne, « La vie de mon père »).
« Vous avez raison de fixer votre attention sur la sainte Ecriture comme sur une lampe brillant dans un lieu obscur jusqu’à ce que paraisse le jour et que l’étoile du matin se lève dans vos cœurs. Car vous savez cette chose primordiale : c’est portés par l’Esprit Saint que des hommes ont parlé de la part de Dieu » (2 P 1, 21).
Saint Jean « l’évangile spirituel », saint Matthieu, « l’évangile ecclésial ».
Vous me direz pour saint Marc et saint Luc.