Notre-Dame de la vie intérieure

Le Nouveau Testament s’ouvre, avec l’évangile de saint Matthieu, sur un vieillard : Abraham à qui saint Matthieu fait remonter la généalogie de Jésus-Christ « fils de David, fils d’Abraham ». David lui aussi mourut « vieux, avancé en âge : on le couvrait de vêtements, et cela ne le réchauffait pas » (1 R 1, 1). Le 1er Livre des Rois raconte que David « comme ses jours approchaient de leur fin, exprima ses volontés à son fils Salomon : ‘Je m’en vais par le chemin de tout le monde. Sois fort, sois un homme courageux ! Tu garderas les commandements du Seigneur, et tu marcheras sur ses chemins’ » (1 R 2, 1). David n’avait que 70 ans quand il mourut. Il avait régné 40 ans. Il avait été un vaillant guerrier, un souverain magnifique, et un homme de prière. On lui attribue 73 des 150 Psaumes de la Bible. 

On ne sait pas quel âge avait Joseph. Le peuple chrétien se l’est longtemps représenté comme un homme d’âge mûr, plus âgé que Marie cette « jeune fille vierge », qui lui avait été accordée en mariage (Lc 1, 27). L’hypothèse que les « frères de Jésus » dont parle l’évangile seraient des enfants que Joseph aurait eus d’une première union se heurte au fait qu’au recensement que nous entendrons dans la nuit de Noël Joseph est seul avec Marie pour aller se faire recenser. 

Son âge est-il important ? 

L’humilité n’est pas une question d’âge. Il suffit de voir l’incapacité de tant de responsables de longue date à se remettre en question et à passer la main. Ce sont deux choses différentes que de s’accrocher à la vie et de garder le pouvoir. Deux choses différentes, l’amour de la vie et l’amour du pouvoir.

Dans le parcours spirituel que je vous ai proposé pour ces quatre dimanches de l’Avent des quatre âges de la vie, l’enfance, la jeunesse, la maturité et le grand âge, nous voici arrivés au dernier, le temps du passage. 

Le temps de la transmission, du passage de témoin, la transmission à ceux qui nous suivent de tout ce qu’on a acquis, avant le passage par la porte étroite (nous ne pourrons rien emporter), sur l’autre rive, là où le Seigneur nous attend.

Jésus, qui a tout connu de notre vie excepté le péché, n’a pas vécu ce grand âge, soit qu’il fallait qu’il souffrît la Passion en pleine possession de ses moyens, encore qu’on a dans l’Ancien Testament au 2ème Livre des Martyrs d’Israël l’histoire d’un homme très âgé Eléazar qui préféra subir le martyre que de donner un mauvais exemple à la jeunesse (2 M 6, 18) ; soit plus simplement qu’il n’était pas nécessaire à Jésus de vivre ce temps qui est celui de l’union ultime à Dieu.

Dans la division de la vie spirituelle en vie purgative, vie illuminative et vie unitive, le grand âge peut cumuler les trois : temps de purification, de purgatoire physique et moral ; temps d’illumination quand cette purification est vécue comme une libération des passions, un détachement de ce qui n’est pas essentiel pour nous remettre entre les mains de Dieu ; temps progressif d’union à Dieu et à sa volonté.

Dans notre pays, les personnes âgées de plus de 65 ans, qui ont quitté la vie active, représentent le cinquième de la population. Une sur cinq. Pour nombre d’entre elles, ce temps de retraite va occuper vingt ou trente ans, le tiers de leur existence : elles ne pourront pas dire au moment de leur mort qu’elles n’ont pas eu le temps de se préparer.

Dans leurs derniers temps, les très vieilles personnes évoquent les souvenirs de leur enfance, parce que leur mémoire ne s’attache plus à l’immédiat mais s’efface par strates successives jusqu’à revenir au plus ancien, et d’une certaine façon à l’essentiel, à l’amour qu’elles ont reçu ou au contraire qui leur a manqué, et qui a structuré leur vie. L’enjeu est différent qui n’est plus d’acquisition, de croissance et de performance, mais de prise de distance à l’égard de ses désirs et de ses passions.
Peu importe que ce lâcher-prise soit involontaire : il permet de se tourner résolument vers Celui qui vient. La particularité de la foi chrétienne est qu’elle consiste à devenir. Soyez Saints comme moi je suis Saint dit le Seigneur. Je me souviens de cette religieuse centenaire, 80 ans de vie consacrée, qui disait humblement qu’il était temps qu’elle se convertisse ! La vie chrétienne va résolument de l’avant, sans retour en arrière.

N’étouffez pas Noël sous la nostalgie de votre enfance. Bien sûr, nous aurons les mêmes textes, les mêmes chants à la messe de Noël, qui disent que l’amour du Seigneur est de toujours à toujours, éternel est son amour ! Les mêmes chants, les mêmes textes, mais une réalité nouvelle à la mesure de notre vie intérieure. Le critère de la vie intérieure est la découverte permanente de la richesse infinie des mystères de Dieu.

Comment Joseph et Marie ont-ils pu accueillir le Fils de Dieu, en vivant heureux, pauvres, dans le respect l’un de l’autre, et de la Loi ? Ils avaient tous deux suffisamment de vie intérieure pour que la grâce de Dieu supplée à leur faiblesse. L’humilité n’est pas une question d’âge. La prière non plus.

Vierge Marie, Notre-Dame de la vie intérieure, donne-nous confiance en l’avenir, ouvre notre cœur à la venue du Seigneur.

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