Le souci des incroyants

La joie chrétienne est toujours, en cette vie, teintée d’une certaine tristesse : la joie du Salut, la joie immense de l’amour de Dieu est mêlée de tristesse du fait de nos faiblesses, manquements, pour ne pas parler des épreuves et surtout de tant de malheureux. 
Jean-Baptiste n’y échappe pas : il porte la joie d’avoir vu, au baptême de Jésus, « l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur lui » : « J’ai vu et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu » (Jn 1, 32. 34). Et nous le voyons à présent dans sa prison, assailli de démons, crier vers le Seigneur : « Es-tu celui qui doit venir ?! ».

Lui, Jean, qui avait été envoyé par Dieu (c’est le Prologue de saint Jean, l’évangéliste : « Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean » Jn 1, 6), envoie ses disciples poser la question à Jésus parce qu’elle concerne toute l’humanité : Jésus, « es-tu celui qui doit venir ? ».

Je vous ai proposé pour ces quatre dimanches de l’Avent de reprendre spirituellement les quatre âges de la vie, l’enfance, la jeunesse, la maturité et le grand âge. Nous voici en ce 3ème dimanche, dimanche de la joie, à l’âge adulte, de la maturité, plus exactement de la solidarité. 

La maturité se définit en effet comme une capacité à dépasser nos intérêts personnels, pour donner la priorité au bien des autres, au bien de tous, parfois s’il le faut à notre détriment, en esprit de sacrifice, pour autant que nous ayons, dit saint Paul « assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à nous-mêmes » (Ph 2, 3).

La maturité rend service, suivant l’exemple du Christ lavant les pieds de ses disciples : « Si moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous » (Jn 13, 15). 
Pierre s’était récrié : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » (Jn 13, 8). Jean-Baptiste avait eu la même réaction au baptême de Jésus : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! ». Nous l’entendrons à la fin du temps de Noël (ce sera le 11 janvier prochain).
Nous devrions chacun, chaque jour, sursauter de la même façon, nous émerveiller et ne jamais nous habituer à cet abaissement de Dieu, à cet amour insensé que Dieu nous porte. Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi ?

S’il est dans la nature de la jeunesse, c’est sa grandeur et sa noblesse, de vouloir plus de justice, de vouloir une réforme de l’ordre social, d’aspirer à d’autres modes de relation des hommes et des femmes, ainsi qu’à l’égard de la Création, l’âge adulte ne peut pas être un reniement de ce désir de justice. La maturité consiste au contraire à y revenir fidèlement, quel que soit l’état de vie où les circonstances ont pu nous conduire. Je vous demandais dimanche dernier : ‘de quoi rêviez-vous quand vous aviez quinze ans ?’ De justice ou de gloire ? 

Le Christ est le Chemin, de justice et de gloire. Que Jean-Baptiste était venu préparer. 

A son baptême par Jean, comme à sa naissance, le Christ s’est rendu solidaire de toute l’humanité, jusqu’à porter et endosser nos péchés auxquels il était totalement étranger, mais parce que c’est la seule façon de nous en délivrer.

De tous les enfants des hommes, « qui sont nés d’une femme, personne, dit Jésus, ne s’est levé de plus grand que Jean-Baptiste et cependant le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui » parce qu’il voit alors ce que Jean a cru, et que dans sa prison il espère.

Ce 14 décembre est la fête de saint Jean de la Croix qui a fait en prison l’expérience la plus terrible de la nuit de la foi, que vous me permettrez de considérer comme un mystère de solidarité avec tous ceux qui doutent, qui peinent à croire, solidarité avec tous les incroyants qui disent qu’ils aimeraient croire.

Au baptême de Jésus par Jean-Baptiste, le Fils de Dieu a pris place parmi les pécheurs qui voulaient être purifiés de leurs péchés. C’est le mystère de l’Incarnation où Dieu se fait l’un de nous. Le 2ème mystère lumineux du Rosaire, les Noces de Cana, dit qu’il s’est fait tout autant solidaire de ceux qui font la fête, illumination par l’excellence (du meilleur vin) dans la surabondance. L’excellence et la surabondance : Dieu est aussi proche de ceux qui demandent le pardon que de ceux qui cherchent la joie.

Retenez simplement ceci : la maturité, spirituellement, c’est le souci des incroyants.

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