Le premier acte de la Justice de Dieu

La joie de Pâques, c’est ‘aussi’ celle des milliers de baptêmes célébrés cette nuit partout dans le monde, plus de vingt mille en France. C’est ‘aussi’ parce que c’est d’abord cet événement historique qui a changé l’histoire, d’un homme qui était mort, supplicié dans des souffrances atroces, et qui sort du tombeau et apparaît vivant à toute une série de témoins successifs (ce sera mon homélie de demain, du Jour de Pâques).
Rendons grâce et prions pour ces milliers de nouveaux baptisés, entourés d’une partie de leur famille et de nombreux amis, la plupart non baptisés … Autant la messe de la nuit de Noël est de tradition familiale, autant la messe de la nuit de Pâques mêle, comme pour les mariages entre un Catholique et une personne non-baptisée, une part de fidèles habitués (dont c’est la 3ème messe d’affilée après le Jeudi saint et le Vendredi Saint), et une part d’invités qui êtes les bienvenus ! Joie de votre présence ce soir !

Quel étrange spectacle, quelle « grande vision », c’est par ces mots que Moïse s’est approché d’un buisson qui brûlait sans se consumer (Ex 3, 3), et c’est là que Dieu a commencé à se révéler comme un feu d’amour qui éclaire et réchauffe, qui console et secourt, et du milieu de ce buisson Dieu dit à Moïse qu’il entend le cri des malheureux, les souffrances des opprimés. On aurait pu avoir ce soir ce texte du Buisson ardent parmi les lectures de l’Ancien Testament, mais 7 c’est déjà bien.
Sept textes de l’Ancien Testament pour dire la Gloire de Dieu – juste après nous avons chanté le Gloria – ‘Gloire à Dieu au plus haut des cieux’ (dont nous nous étions privés pendant tout le Carême) – sa Gloire et sa Bonté, car « la Gloire de Dieu c’est sa bonté » disait saint Bonaventure, un des grands théologiens du Moyen-âge († 1274). 

Un de ses héritiers, le Bienheureux Duns Scot, John de son prénom, également franciscain, d’origine écossaise († 1308) estimait que la Gloire de Dieu, la glorification de son Nom était la raison d’être de sa venue parmi nous, le motif de l’Incarnation avant la rédemption des hommes : « Père, glorifie ton nom ! » (Jn 12, 28), s’écrie Jésus avant sa Passion. « Alors, du ciel vint une voix qui disait : Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore ». Le verbe latin pour cette glorification est clarifier, clarificare, éclairer, illuminer ! 

C’est la Lumière de Pâques !

Elle est différente de la lumière de Noël : à Noël, nous fêtons la naissance de l’Amour, à Pâques nous fêtons la naissance de la Foi en la Vie éternelle, en la Résurrection. Dieu s’est fait homme pour que nous puissions naître à la vie éternelle, en un mot : Ressusciter !

‘Naître à nouveau’ dit Jésus à Nicodème dans l’évangile de saint Jean, naître à nouveau ou naître d’en haut, l’adverbe a les deux sens. « Amen, amen, je te le dis, personne à moins de naître de l’eau et de l’Esprit ne peut entrer dans le royaume de Dieu » (Jn 3, 5). Vive le Baptême !

Nous fêtons chaque année trois grandes fêtes : Noël, Pâques, la Pentecôte. Noël la naissance de l’Amour, Pâques la naissance de la Foi, la Pentecôte la naissance de l’Eglise. C’est à ces trois grandes fêtes que correspondent les sept lectures de l’Ancien Testament de cette Messe : la 1ère lecture, le récit de la Création au Livre de la Genèse rappelle que Dieu avant de se faire homme était déjà, depuis l’origine, présent en tout homme créé à son image, homme et femme il les créa. 
Les deux lectures suivantes, l’épreuve d’Abraham et la traversée de la Mer rouge, la sortie d’Egypte, sont le cœur de Pâques. 
Et elles sont suivies par quatre lectures de prophètes qui détaillent la puissance de l’Esprit-Saint par lequel Jésus est ressuscité des morts. L’Esprit-Saint est Seigneur et il donne la Vie.

C’est l’Esprit-Saint qui a donné naissance au Fils de Dieu dans le sein de la Vierge, qui l’a élevé et à qui le Christ a confié son Eglise avant de mourir sur la Croix. « Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils » (Jn 19, 26). Ce disciple bien-aimé, c’est nous ! que nous soyons déjà baptisés ou que vous alliez l’être dans quelques instants, pour le « servir dans la justice et la sainteté, en sa présence, tout au long de nos jours » (Lc 1, 75). 

La résurrection du Christ est le premier acte de la Justice de Dieu. Dans sa crucifixion se sont concentrées toutes les injustices de la terre. Dans sa résurrection éclate la promesse de Justice qu’annonçait le prophète Isaïe (dans la 4èmelecture) : « Parole du Seigneur adressée à Jérusalem. Tu seras établie sur la justice : loin de toi l’oppression, tu n’auras plus à craindre. Loin de toi la terreur : elle ne t’approchera plus » (Is 54, 5. 14).

On ne peut pas aimer Dieu sans vouloir et aimer la justice. 

Avec quatre conséquences concrètes que sont : la prière, l’amour du prochain, la confiance en la Providence, et en sa bonté.

Pour prier, il n’y a pas plus ‘naturel’ que le récit de la Création en tête des lectures de ce soir : « Quelle profusion dans tes œuvres, Seigneur ! » dit le Psaume (Ps 103, 24), avec lequel Jésus lui-même a prié son Père : « Seigneur mon Dieu, tu es si grand ! ». 
« Le Verbe ne resterait pas Dieu, dit Origène, s’il ne persistait pas dans la contemplation ininterrompue de l’abîme éternel ». 

Homme de prière, le Christ Jésus nous a demandé de placer l’amour du prochain à la première place dans nos relations du quotidien. Cet amour du prochain n’est pas naturel ! Quelle bienveillance cela suppose, quelle patience cela exige, quelle espérance dans le pardon : « Père pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34).

La prière. L’amour du prochain. La confiance en la Providence : nous avons entendu dans la 2ème lecture comment la foi d’Abraham a entraîné, suscité la docilité d’Isaac. Le Nouveau Testament commente : « Grâce à la foi, quand il fut soumis à l’épreuve, Abraham offrit Isaac en sacrifice. Il pensait en effet que Dieu est capable même de ressusciter les morts. Il y a là une préfiguration » (He 11, 17 … 19).

Après la prière, l’amour du prochain, la confiance en la Providence, le désir de justice suppose et repose sur la Bonté de Dieu. 

Un maître de prière du 18ème siècle, saint Alphonse de Liguori († 1787), qui rappelait souvent que « des centaines de prières privées n’atteignent pas la valeur d’une seule prière commune », disait qu’il n’y a au fond que deux sujets de prière : les fins dernières et toutes les vérités qui s’y rattachent (la mort, le péché, le jugement), et l’autre raison de prier est la bonté de Dieu et toutes les vérités qu’elle illumine, la Passion du Christ et sa Résurrection.

Ce soir, mes Amis, la seule des sept lectures de l’Ancien Testament qui était obligatoire était la sortie d’Egypte, parce que cette nuit est la nuit de la délivrance. « Déliez-le ».

Après l’apparition dans le Buisson ardent, Moïse est allé avec son frère Aaron dire à Pharaon : « Il nous faut aller à trois jours de marche dans le désert pour offrir un sacrifice au Seigneur notre Dieu » (Ex 5, 3). Ces trois jours se sont transformés pour eux en quarante ans au désert, comme les quarante jours du Carême, comparables aux quarante semaines des neuf mois dans le ventre de notre mère. Les trois jours, eux, se sont accomplis dans la Résurrection du Christ. 

Le troisième jour il est ressuscité des morts, comme il l’avait promis, il est ressuscité ! Oui il est vraiment ressuscité ! Alléluia ! « Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous » (Rm 8, 11). Alléluia !

Dieu tient toujours ses promesses. Promesse de justice : la résurrection du Christ est le premier acte de la Justice de Dieu.

Alléluia !

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