« En ce petit peuple, dans un coin perdu, s’est accompli un fait immense : la naissance de la foi ». Voilà ce qu’écrivait il y a un siècle un historien des religions, Gustave van der Leeuw (1890 – 1950), dans son livre sur ‘La religion dans son essence et ses manifestations’.
« En ce petit peuple, dans un coin perdu, s’est accompli un fait immense : la naissance de la foi » : il disait cela d’Israël, pas de Noël. De fait, pour nous, Chrétiens, ce n’est pas à Noël que nous célébrons la ‘naissance de la foi’ : c’est à Pâques car notre foi est la foi en la Résurrection. Notre espérance, la vie éternelle.
Noël est la naissance de l’amour : la naissance de l’amour en personne.
Quand on parle d’amour, il vaut mieux préciser de quoi ou de qui on parle, sur quoi ou sur qui cet amour se porte, quels sont les sentiments qui nous animent, plaisants, de joie, d’excitation, d’émerveillement, sans qu’on se demande d’où vient cet amour, quelle est son origine, sa source, et où il nous conduit : l’amour est de Dieu, car Dieu est Amour.
Dieu le Père tout-puissant, créateur du Ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible, Dieu est le Père de tous les hommes, qui veut que tous les hommes soient sauvés, et vivent de sa vie éternelle.
L’amour est de Dieu, l’amour en personne, l’amour des trois personnes de la Sainte Trinité, révélées par Jésus-Christ.
L’amour en personne. Devant un nouveau-né, il est normal de fondre : c’est un amour. Un petit ange. Sauf que rares sont ceux qui aiment les anges, même leur ange gardien, de tout leur cœur, de cet amour qui fait qu’on ne peut pas vivre sans eux. Je t’aime : je ne peux pas vivre sans toi.
Les anges aiment Dieu, ils l’adorent ! Ils font resplendir de leur présence cette nuit de Noël, en allant, l’ange du Seigneur en tête, annoncer la naissance de Jésus aux bergers qui étaient dans les champs. Ils ne sont pas allés réveiller les habitants de Bethléem : ils sont allés chercher les petites gens de l’époque, sans culture ni éducation comme on le dira des premiers apôtres (cf. Ac 4, 13) – faisant remarquer par saint Paul qui lui était très instruit : « Frères, vous qui avez été appelés par Dieu, regardez bien : parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance. Au contraire, ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est ; ainsi aucun être de chair ne pourra en tirer orgueil devant Dieu » (1 Co 1, 28-29).
Les bergers étaient des gens simples, proches de la nature, des hommes réalistes qui savaient la fragilité de la vie : ils savaient qu’ils devaient protéger les agneaux, les brebis, leurs mères et leurs petits. Ils savaient que la vie est immense et pleine de dangers.
C’est à « ce petit peuple, dans un coin perdu » que Dieu avait promis de donner un bon berger, le bon pasteur annoncé par les prophètes, notamment dans cet oracle que nous entendons lors de la venue des Mages : « Et toi, Bethléem Éphrata, le plus petit des clans de Juda, c’est de toi que sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël.
Viendra ce jour où enfantera… celle qui doit enfanter celui qui sera votre berger par la puissance du Seigneur. Vous serez en sécurité, car désormais il sera grand jusqu’aux lointains de la terre, et lui-même, il sera la paix ! » (Michée 5, 1 … 4).
La paix, la paix de Noël, la paix de Jésus. Le geste que nous échangeons avant de communier dit ce que nous voulons vivre cette nuit en famille : « Agneau de Dieu qui enlèves les péchés du monde, donne-nous la paix ! ».
Le bon berger s’est fait petit agneau, le Roi de l’Univers serviteur : il est l’Agneau et le Pasteur, le Roi le Serviteur. Pour qu’il y ait amour, il faut qu’il y ait égalité. Pour que nous puissions aimer Dieu il fallait qu’il vienne à nous comme l’un de nous.
A Noël, l’Amour s’est fait l’un de nous, ce que nous avons tous été, petit enfant trop mignon sans défense, ce que nous sommes encore à bien des égards pour qui sait voir avec les yeux du cœur. Dieu s’est fait notre égal pour que nous devenions par sa grâce ce qu’il est par nature.
L’Ange s’est présenté aux bergers et « la gloire du Seigneur les a enveloppés de sa lumière » : comme les Apôtres au jour de la Transfiguration, ils sont entrés dans cette nuée lumineuse où ils n’ont peut-être pas vu le Christ transfiguré, rayonnant de lumière, ils n’ont peut-être pas entendu la voix du Père dire : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, mais ils ont été comme nous remplis de joie devant un tel Mystère : aujourd’hui, un Sauveur nous est né, c’est le Christ, le Seigneur !
Dieu est venu en personne nous révéler qu’il nous aime et nous demande de nous laisser aimer : il est l’amour en personne. L’amour en chacun, Jésus-Christ venu nous sauver.