L’être humain est un homme, homme ou femme, de désirs. Le Chrétien est un homme ou une femme de saints désirs. Dont les Béatitudes donnent une liste non exhaustive. Nous les appelons des promesses, les deux se rejoignent : que serait une promesse qui ne répondrait pas à nos désirs ? Les Béatitudes sont une liste de saints désirs et c’est pourquoi nous disons aussi qu’elles sont un autoportrait du Christ, pour que nous puissions avoir les mêmes saints désirs que lui, pouvoir dire comme saint Paul : « Ce n’est plus moi qui vis ; c’est le Christ qui vit en moi » (Gal 2, 20). Ses désirs sont les miens. La vie chrétienne ne consiste pas seulement à ‘désirer le Christ’ mais à désirer ‘comme le Christ’, en laissant vivre en nous son Esprit : nous mangeons son Corps à la messe pour que son Esprit vive en nous.
En matière de désirs, ayons une pensée compatissante pour les plus âgés qui disent qu’ils n’en ont plus, et les jeunes qui en ont trop et ne savent pas comment s’en dépêtrer ! En matière de désirs, nous ne sommes pas à égalité, ni par l’âge, ni par le sexe, ni par la culture, ni par l’éducation, ni par la sensibilité, ni par l’énergie, leurs initiales forment le mot ‘ascèse’ : quels que soient l’âge, le sexe, la culture, l’éducation, la sensibilité, l’énergie, nous avons à domestiquer, maîtriser, sanctifier nos désirs, faire le tri, pour ne garder que nos saints désirs.
Saint Augustin disait au peuple dont il était l’évêque : quand tu dis que tu as suffisamment, c’est que tu es mort. Ubi dixisti satis, periisti. Quand vous êtes satisfait, attention ! satis-faction n’est pas la solution – I can’t get no satisfaction ! (les Pierres qui Roulent 1965).
Bien sûr qu’il arrive à Jésus dans l’évangile de dire à ses disciples : stop, arrêtez-vous, venez vous reposer, mais c’est pour repartir de plus belle. Et de fait ils n’en ont même pas le temps, les foules accourent et arrivent avant eux et Jésus est saisi de compassion, parce qu’elles étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les enseigner longuement (Mc 6, 31). La croissance est la loi de la vie. Le progrès avant le confort. L’Eglise est une mère qui se soucie davantage de notre progrès que de notre confort.
Ce n’est pas le cas de tous les parents, faute d’avoir eux-mêmes appris le désir de perfection au sens chrétien d’accomplissement, de sanctification, d’imitation de Jésus-Christ – ou bien parce que l’ayant connu, ils l’ont rejeté à cause des sacrifices que cela demande.
Le christianisme est la religion des saints désirs et donc une religion du sacrifice, ce qui explique qu’elle ait peu de succès auprès de ceux qui ne croient pas à la nécessité du sacrifice, d’une sélection entre nos désirs, d’un discernement entre des envies passagères et autonomes, qui reviennent souvent en boomerang, se retournent contre nous, et les saints désirs de ces Béatitudes.
Les Béatitudes sont une liste de saints désirs qui correspondent à la volonté de Dieu : Dieu veut que les pauvres soient secourus. Dieu veut que les affligés soient consolés. Dieu veut que nous fassions preuve de douceur les uns avec les autres. Dieu veut que nous cherchions la justice. Dieu veut que nous soyons indulgents et miséricordieux, capables de pardon. Dieu veut que nous disposions nos cœurs à l’écoute de sa Parole, à l’accueil de son Amour. Dieu veut que nous œuvrions pour la paix.
Et Dieu nous prévient que ces saints désirs rencontrent de vives oppositions, d’abord en nous-mêmes, et surtout des autres, ces désirs susciteront toujours jalousies et conflits. « Depuis les jours de Jean le Baptiste jusqu’à présent, le royaume des Cieux subit la violence, et des violents cherchent à s’en emparer » (Mt 11, 12) : depuis Jean Baptiste jusqu’à la venue du Christ résonne le même appel : « Convertissez-vous car le royaume des Cieux est proche » (Mt 3, 2).
Les gens sont jaloux, nous sommes tous jaloux de ce que nous n’avons pas, que nous vivons comme une injustice insupportable, c’est le ressort du premier crime de l’Histoire, l’histoire de Caïn qui n’a pas supporté que les offrandes de son frère Abel soient agréées, et pas les siennes, qui ne l’ont pas été parce que son cœur était mal disposé.
L’expression ‘religion du sacrifice’ prête à confusion si on ne fait pas la différence entre la dévotion au singulier comme signe et acte intérieur de disponibilité de notre volonté aux commandements de Dieu, et les dévotions au pluriel comme actes extérieurs qui peuvent être superficielles comme excessives (la superstition est un excès de religion), ou encore empreintes de ‘lucre’, le mot a donné lucratif, à la recherche d’un profit personnel. Combien est-ce que ça rapporte ?
Le Christianisme, religion des saints désirs : le tableau n’est pas emballant, entre jamais assez et pas très lucratif, pas bien payé.
Je rends grâce aujourd’hui d’être encore en vie et heureux, j’en rends grâce à Dieu et à tous ceux qu’il a mis sur ma route, à commencer par mes parents, tous ceux qui m’ont parlé et convaincu de l’importance d’une vie intérieure, avec le Christ, le modèle des saints désirs. Je rends grâce à tous ceux qui m’ont montré patiemment, inlassablement, les dangers d’une vie extérieure à soi-même, m’exhortant à vivre autrement.
Il y a suffisamment d’imprudence chez les jeunes, et d’orgueil en nous, pour ne pas appeler à ce tri. Le prêtre est malheureusement confronté à tant de gâchis et de morts ‘stupides’. Il sait mieux que beaucoup de parents aujourd’hui l’obligation d’interdire.
Nous entendrons dans la suite du Sermon sur la Montagne cette relation étroite entre l’Evangile et la Loi que le Christ n’est « pas venu abolir, mais accomplir » (Mt 5, 17). Sachant que « toute la Loi est accomplie dans l’unique parole que voici : Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Gal 5, 14).
C’est une jolie définition des saints désirs.
…
Dimanche dernier, je terminais en disant : Saint Jean « l’évangile spirituel », saint Matthieu, « l’évangile ecclésial ». Et je demandais : Et Saint Marc et Saint Luc ?
Nous fêterons demain 2 février la Présentation du Seigneur au Temple : vous y trouverez la réponse pour Saint Luc : « l’évangile du Salut ».
Et Saint Marc ?
« L’évangile de la Foi ».