La grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ

 En venant au puits, la femme a vu de loin l’homme qui y était assis : il était seul et manifestement fatigué. Quand cet étranger lui a demandé à boire, à sa façon de parler, elle a eu confirmation de ce qu’elle s’était dit : un Juif, de Galilée. Elle va le provoquer gentiment tout en puisant de l’eau pour lui, le texte ne le précise pas mais c’est la loi de l’hospitalité. Elle n’a pas peur. Elle n’est plus une enfant, elle a déjà eu cinq maris. Elle est du genre à faire a priori confiance. Elle continue à le taquiner, sur le lieu où ils se trouvent, ce puits légendaire, le Puits de Jacob, qui leur appartient à eux maintenant les Samaritains. Jésus ne relève pas. Plutôt que de parler de ce qu’ils ont en commun, Juifs et Samaritains, de leur histoire passée, il lui fait entendre qui il est et ce qu’il peut faire, lui, par ce nom que nous employons nous Catholiques pour l’Esprit-Saint : le ‘don de Dieu’. « Si tu savais le don de Dieu » (Jn 4, 10). Elle ne saisit pas. Elle continue sur le même registre du défi, typique de nos relations à Dieu : « ils m’ont tenté et provoqué, dit le Psaume, et pourtant ils avaient vu mon exploit » (Ps 94, 9). Il faut alors que Jésus lui parle de sa vie à elle pour qu’elle s’exclame : « Seigneur, je vois que tu es un prophète ! ». C’est un mot qu’on emploie à toutes les sauces, déjà à l’époque il n’était pas en soi élogieux. C’est ainsi que lors de sa Passion les soldats se moquent de Jésus : « Fais-nous le prophète, ô Christ ! Qui t’a frappé ? » (Mt 26, 68). Est-ce vraiment parce que Jésus sait et dit à cette femme qu’elle a eu cinq maris et que l’homme avec qui elle vit n’est pas son mari qu’elle le tient pour comme un prophète ?  Avec un sens très latin de l’exagération, elle va aller dire au village : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? » (Jn 4, 29). Il m’a dit tout ce que j’ai fait ? Pourtant il n’a pas été question d’enfants qu’elle a eus ou qu’elle n’a pas eus, seulement de ses maris. La lumière est venue en deux temps. Il y a eu un premier indice qui a amené cette femme à voir en Jésus un prophète : le thème de la source d’eau vive. Quand Jésus dit : « L’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle », en langage johannique, de l’évangéliste saint Jean, il aurait pu dire : Je suis la source d’eau vive. C’est un langage de prophète. Nous avons entendu en 1ère lecture le récit du miracle accompli par Moïse au désert quand il avait fait jaillir de l’eau d’un rocher (Ex 17, 3-7) : Moïse est le plus grand des prophètes et on attendait que se réalise la promesse de Dieu de susciter un nouveau Moïse, un sauveur, un libérateur : « Je ferai se lever au milieu de leurs frères un prophète comme toi », oracle du Seigneur (Dt 18, 18). L’autre langage caractéristique du prophète est celui de l’alliance, de l’union conjugale de Dieu avec son peuple. Et, en contrepoint, la dénonciation de l’infidélité du peuple à l’alliance de Dieu. Après avoir parlé d’eau vive, Jésus a parlé à cette femme de ses maris, de ses rêves de bonheur, ratés, recommencés, comme une marche au désert, une soif d’amour et de stabilité. On reconnaît un prophète à ses visions, issues d’images naturelles de la vie courante et de la Création, à ses dénonciations ou ses lamentations face aux injustices et idolâtries. A ses appels à la conversion. A l’urgence d’une réaction religieuse. A la nuit de Pâques, après avoir allumé et béni le feu nouveau, on relit, si on en a la patience, sept (7 !) lectures de l’Ancien Testament, dont 4 sont des prophètes et 2 du seul prophète Isaïe. Isaïe est plus qu’un prophète, presqu’un courant prophétique à lui tout seul puisque sous son nom plusieurs auteurs, trois ou quatre, se sont succédés sur deux siècles (ce qui explique qu’on ne s’y réfère pas comme à une personne comme Elie ou Jérémie, bien qu’il soit le prophète le plus cité dans les évangiles).Ces deux textes d’Isaïe de la nuit de Pâques sont tirés du ‘Deuxième Isaïe’, le Livre de la Consolation, « Consolez, consolez mon peuple » dit le Seigneur (Is 40, 1), et ils correspondent très exactement à ces deux thèmes de l’alliance et de l’eau vive. Le premier insiste sur la tendresse de Dieu, quelles que soient nos infidélités. « Oui comme une femme abandonnée, accablée, le Seigneur te rappelle. Un court instant, je t’avais abandonnée, mais dans ma grande tendresse, je te ramènerai » – (cf. Is 54, 5-14). Le 2ème texte promet d’étancher notre soif : « Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? ». Ces paroles d’il y a deux mille cinq cents ans ne résonnent-elles pas aujourd’hui avec la même actualité ? Et le remède, la solution n’a pas changé : « Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme perfide, ses pensées ! Qu’il revienne vers le Seigneur qui lui montrera sa miséricorde, vers notre Dieu qui est riche en pardon » (cf. Is 55, 1-11).  Riche en pardon. « Dieu est riche en miséricorde » dit saint Paul (Eph 2, 4). Le Pape Jean-Paul II en a fait le message de sa 2ème encyclique, juste après « le Rédempteur de l’homme » (1979) sur le Sauveur du genre humain : « Dieu riche en miséricorde » (1980). Tout est dit.  Relisons saint Paul : « Dieu est riche en miséricorde : à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ : c’est bien par grâce que nous sommes sauvés ». « Car la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ » (Jn 1, 17). La grâce et la vérité, l’autre nom du don de Dieu. 

La grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.

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