Deux couples mariés dînaient ensemble. Cela aurait pu être en cette période de début d’année, de résolutions et volonté de changement. L’un des maris demande à l’autre : Qu’est-ce que tu n’aimes pas dans ta vie ? Il répond : Ma femme. C’est elle qui me l’a raconté. J’ai demandé : personne n’a rien dit ? Ils étaient sidérés, pétrifiés. Il a expliqué après que c’était de l’humour.L’histoire peut sembler dérisoire au regard de tant de drames autour de nous. Elle révèlepourtant l’inconscience et le mal qui y prévaut. « Le cœur de l’homme est compliqué et malade. Qui peut le connaître ? » (Jr 17, 9). Qui peut le guérir ?!
Mais c’était pour rire ! On ne peut plus rire de rien ? Si, de soi-même, ce qui n’était pas le cas, rire de ce qui paraît absurde, excessif et vain. Pour nous croyants, l’absurde n’existe pas : c’est une illusion, un mécontentement de notre raison. Le sentiment de l’absurde révèle notre volonté de tout contrôler. Quand on perd le sens de Dieu, on finit par perdre le sens de la vie.
On peut rire de la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf, du corbeau qui tenait en son bec un fromage. La Fontaine, Molière et tant d’autres savaient que les leçons doivent être indirectes et voilées : il faut laisser les gens se reconnaître. Y compris pécheurs.
Quand le roi David a détruit un couple en prenant la femme et faisant tuer le mari, le Seigneur a envoyé le prophète Nathan lui raconter une parabole d’un riche qui vole un pauvre de façon éhontée, attendant que David s’indigne contre le méchant pour lui dire : « Cet homme, c’est toi ! » (2 S 12, 7). Jean-Baptiste avait dit à Hérode qu’il n’avait pas le droit de prendre la femme d’un autre et il a été emprisonné puis exécuté (à la demande de cette femme).
La différence entre eux, la différence avec Hérode, est que David respectait Dieu : il pouvait donc se reconnaître pécheur. Chaque vendredi nous reprenons son Psaume : « Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché. Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense. Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi. Ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait » (Ps 50, 6).
Le verset suivant dit pourquoi nous baptisons les petits-enfants dès la naissance : « Moi », dit David, le bien-aimé de Dieu, « je suis né dans la faute », entendez le péché originel : « j’étais pécheur dès le sein de ma mère » (Ps 50, 7).
La démarche des parents qui font baptiser leurs enfants suppose qu’ils leur montrent ensuite l’exemple, qu’ils les éduquent par l’exemple dans la foi chrétienne.
Donner l’exemple : c’est ce qu’a fait le Christ, et qui fait que nous lisons les évangiles. Il a donné l’exemple en recevant ce baptême de purification des péchés alors qu’il n’en avait aucun besoin : Jésus est Dieu. Jean Baptiste s’est récrié et a voulu l’en empêcher. « Laisse faire, pour le moment » dit Jésus qui « n’avait pas encore été glorifié » (Jn 7, 39) : il n’avait pas encore envoyé « l’Esprit Saint qu’allaient recevoir ceux qui croiraient en lui », et se feraient baptiser.
L’Esprit-Saint était présent puisque Jésus était présent. L’Esprit Saint animait Jean-Baptiste etceux qui « se rendaient auprès de lui », « Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain » (Mt 3, 5). Peut-être pas tout Jérusalem qui comptait 80.000 habitants mais « beaucoup de pharisiens et de sadducéens se présentaient à son baptême ». C’était à une bonne journée de marche, une quarantaine de kilomètres de Jérusalem : il fallait y aller, et se laisser faire. Les personnes ne se baptisaient pas elles-mêmes : elles se faisaient baptiser par Jean. C’est pourquoi ce baptême préfigurait le nôtre, dans l’Eglise : nous ne nous baptisons pas nous-mêmes, nous ne nous plongeons pas dans quelque eau ou fleuve sacré, nous acceptons une médiation humaine instituée par Dieu. Nous reconnaissons dans cette médiation l’action et la volonté de Dieu, sa providence. Dieu pourvoit.
Un jour les grands prêtres et les anciens s’approchèrent de Jésus pour savoir de qui il tenait son autorité. Jésus répondit : « À mon tour, je vais vous poser une question, une seule ; et si vous me répondez, je vous dirai, moi aussi, par quelle autorité je fais cela : Le baptême de Jean, d’où venait-il ? du ciel ou des hommes ? » Ils firent en eux-mêmes ce raisonnement : « Si nous disons : “Du ciel”, il va nous dire : “Pourquoi donc n’avez-vous pas cru à sa parole ?” Si nous disons : “Des hommes”, nous devons redouter la foule, car tous tiennent Jean pour un prophète. Ils répondirent donc à Jésus : « Nous ne savons pas ! » Il leur dit à son tour : « Moi, je ne vous dis pas non plus par quelle autorité je fais cela » (Mt 21, 27).
Sans doute n’avaient-ils pas entendu cette voix qui des cieux disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je trouve ma joie ».
Le premier public de Jésus, à son baptême par Jean, était composé d’hommes et de femmes qui n’étaient pas satisfaits de leur vie, qui répondaient à un appel – ‘je ne peux pas continuer comme ça’, et qui savaient qu’ils avaient besoin d’une aide, de la médiation à ce moment-là de Jean-Baptiste. En ce début d’année, la question n’est pas ce que vous voudriez changer et améliorer dans votre vie. La question est : est-ce que vous allez laisser Dieu vous aider ?
Si le Christ a pris place parmi les pécheurs, qui serions -nous pour nous croire sans péchés ?
Dans un mois commencera le Carême, le mercredi des Cendres tombe cette année en la fête de sainte Bernadette de Lourdes, le 18 février, date de la 3ème apparition de Marie qui lui parle ce jour-là pour la 1ère fois. Bernadette s’est munie d’une écritoire ; la Dame lui dit : « Ce que j’ai à vous dire, il n’est pas nécessaire de le mettre par écrit, mais voulez-vous me faire la grâce de venir ici pendant quinze jours ? » L’Apparition ajoute pour Bernadette ces paroles : « Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse dans ce monde, mais dans l’autre ». La Vierge Marie est le modèle de la foi en la Providence et la Miséricorde de Dieu.
Qu’en pensez-vous ? Est-ce que vous allez prier Dieu de vous aider ?