C’est par amour du monde qu’il avait créé que Dieu a envoyé son Fils Jésus-Christ pour nous sauver. L’évangile de saint Jean contient cette parole prodigieuse : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais obtienne la vie éternelle » (Jn 3, 16).
Dieu a tant ou tellement aimé le monde. Le verbe serait au passé ? Dieu aime le monde au présent, comme on aime un enfant qui refuse d’écouter, un malade qui refuse de se soigner. Ce n’est pas en cassant le thermomètre qu’on fait tomber la fièvre – encore moins en tuant le médecin. Le Christ, le « médecin céleste » disaient les Anciens en écho à ce passage de l’évangile où des pharisiens ayant demandé à ses disciples pourquoi leur maître fréquentait les pécheurs, Jésus qui avait entendu répondit : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades » (Mt 9, 12).
Dieu a aimé et Dieu aime le monde. Et le monde l’a haï, il a de la haine pour Lui. Annonçant à ses disciples les persécutions qu’ils auraient à subir en son nom – « Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi » (Mt 5, 11), le Christ les prévient qu’ils ne seront pas mieux lotis que lui : « Un serviteur n’est pas plus grand que son maître » (Jn 13, 16). « Si le monde a de la haine contre vous, sachez qu’il en a eu d’abord contre moi » (Jn 15, 18).
Et il explique pourquoi : « Si vous apparteniez au monde, le monde aimerait ce qui est à lui. Mais vous n’appartenez pas au monde, puisque je vous ai choisis en vous prenant dans le monde ; voilà pourquoi le monde a de la haine contre vous » (v. 19).
Cette haine contre le Christ est une haine contre Dieu : « Celui qui a de la haine contre moi a de la haine contre mon Père » (Jn 15, 23).
Ne nous étonnons pas si les persécutions contre les Chrétiens atteignent des sommets dans les pays d’athéisme et dans les pays où l’Islam qui refuse toute liberté religieuse est majoritaire. Dans nos pays d’Europe cette haine n’a pas besoin de se manifester vu notre tiédeur et nos compromissions. Quels sont les responsables catholiques, représentants de l’Eglise dont vous diriez qu’ils n’appartiennent pas au monde ? Nous sommes devenus tellement conciliants.
Il y a eu au 19ème siècle en Italie une querelle très intéressante au sein de l’Eglise qui a opposé ceux qui au nom d’un certain humanisme cherchaient la conciliation, les ‘conciliatoristes’, et ceux qu’ils appelaient les ‘intransigeants’. Le Pape Léon XIII de l’époque n’y a pas échappé et ne s’en est pas vraiment sorti. Le résultat a été, après, malgré ou à cause des atrocités du 20ème siècle, le choix fait par l’Eglise au Concile Vatican II de chercher à consoler et se concilier ce monde, en décidant d’accorder assez de valeur à ce qui est positif en lui pour le croire capable de faire face au négatif.
C’est la caractéristique d’un humaniste : il est conciliant.
A l’origine, il n’en était pas ainsi : ce qui faisait un humaniste était sa culture, pas seulement religieuse, l’amour du savoir et de la connaissance, le progrès personnel et moral, le lien entre les trois facultés de la mémoire, l’intelligence et la volonté. Elles renvoient à la Trinité sainte : mémoire des œuvres du Père, intelligence du bien par le Fils, volonté portée et purifiée par la grâce de l’Esprit-Saint.
L’urgence pour les Chrétiens est de faire la différence entre être conciliants et offrir, par le Christ et en son nom, la réconciliation.
Cette messe comme chaque messe est un sacrifice de réconciliation. Souvenez-vous de cette parole de saint Paul qui ouvrait le Carême au Mercredi des Cendres : « Nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2 Co 5, 20). Avec Dieu ! Pas avec le monde !
Toutes les idéologies ont pour fantasme de vouloir changer le monde. Nous ne sommes pas une idéologie : nous ne croyons pas à son changement. Nous voulons notre conversion. « Mes petits-enfants, dit saint Jean, n’aimez pas le monde, ni ce qui est dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui » (1 Jn 2, 15).
Car, explique saint Paul, « la création a été soumise – assujettie au pouvoir du néant » (Rm 8, 20), « à la vanité » de penser pouvoir se suffire à soi-même.
L’amour et la suite du Christ et l’amour du monde sont deux réalités inconciliables. Nous avons à faire ce choix cette semaine : nous réconcilier avec Dieu, ou nous concilier le monde.
Sachant, comme disait saint Augustin, que « ce n’est pas avec le corps mais avec le cœur qu’il faut fuir le monde ».
Le Christ s’est livré aux mains des pécheurs pour nous délivrer du péché. Prions-le, adorons-le, supplions-le de nous donner la force de nous remettre comme lui entre les mains du Père. C’est sa dernière parole sur la Croix dans la Passion selon saint Luc : « Père, entre tes mains je remets mon esprit ». Après avoir dit cela, il expira. À la vue de ce qui s’était passé, le centurion rendit gloire à Dieu : « Celui-ci était réellement un homme juste » (Lc 23, 47).
Et dans la Passion selon saint Marc il dit même : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! » (Mc 15, 39).
Père, en tes mains je remets mon esprit.