Direz-vous : J’ai mené le bon combat ?

« Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean. Cet homme n’était pas la Lumière. Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde » (Jn 1, 6. 8-9). Nous l’appelons le Christ, le Messie (Christ vient du grec, Messie de l’hébreu), faute de pouvoir dire en français qu’il est l’Oint du Seigneur (l’oint, ‘l’ apostrophe, en deux mots : le-oint), qui a reçu l’onction sacrée comme David dans la 1ère lecture de ce dimanche : « l’Esprit du Seigneur s’empara de David à partir de ce jour-là » (1 S 16, 13).
Comme les Catéchumènes recevront à Pâques, avec le baptême, la confirmation qui leur donnera la force de l’Esprit. Comme tant d’adultes baptisés enfants recevront à la Pentecôte ce sacrement de la confirmation, sans laquelle ils ne font pas pleinement partie du peuple consacré au Seigneur. Il faut cette double consécration baptismale et chrismale (du baptême et de la confirmation) pour que la connaissance de Dieu touche notre cœur. Ces deux sacrements agissent sur l’intelligence et la volonté, l’intelligence de la foi et la volonté d’en vivre. C’est maintenant, à mi-carême, si vous ne l’avez pas encore reçue, que vous devez demander à recevoir la confirmation à la Pentecôte (le 24 mai prochain). A travers l’Evêque, c’est Dieu qui confirme son ambition pour vous.

Ici dans l’évangile (de l’aveugle-né), Jésus touche de ses mains cet aveugle avec de la boue avant que l’eau ne lave ses yeux. Le geste précède la connaissance, pour aboutir au geste final suprême d’adoration de l’homme qui se prosterne devant le Christ. « Je crois, Seigneur ! ».

Ce dimanche de la joie est un dimanche de l’Esprit-Saint parce que la joie est avec l’amour et la paix un des fruits les plus évidents de l’Esprit (« Amour Joie Paix » Gal 5, 22), faisant dire à saint Paul : « Ne contristez pas l’Esprit-Saint ! » Eph 4, 30). 
Saint Jean Damascène (645 – 749), le Docteur de la Bonté de Dieu, décrivait ainsi l’état de nature et de grâce dans lequel Adam avait été créé : « Innocent, droit, vertueux, exempt de chagrin et de tristesse » ! 
Ce n’est pas seulement la tristesse, dit saint Paul mais « l’amertume, l’irritation, la colère, les éclats de voix et les insultes qui doivent disparaître de votre vie, ainsi que toute espèce de méchanceté. Faites preuve entre vous de bienveillance et de compassion. Pardonnez-vous les uns aux autres comme Dieu vous a pardonné dans le Christ » (Eph 4, 32).

Bienveillance et compassion : c’est ce qui est refusé à cet homme aveugle même guéri, de la part de tous, y compris des disciples, de ses propres parents, de tous sauf du Christ. 

Quelles que soient les difficultés et les épreuves, seul le Christ sera toujours avec vous, comme lui-même a dit : « Je ne suis jamais seul puisque le Père est avec moi » (Jn 16, 32).

La grâce de l’Esprit-Saint est de nous unir au Christ et au Père. 

Est-il possible que l’Esprit-Saint nous quitte si nous le ‘contristons’ par nos péchés ? Est-il possible que l’Esprit-Saint se retire de nous comme la Gloire du Seigneur avait quitté le Temple suivant la vision des chapitres 10 et 11 du livre du prophète Ezéchiel, parce que le culte y était trop superficiel ? « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi » (Mt 15, 9 cf. Is 29, 13).
Ne lit-on pas dans un Psaume cette supplication : « Ne me reprends pas ton Esprit Saint » ? (Ps 50, 13).
N’est-ce pas l’avertissement que Jésus adresse aux Pharisiens à la fin de cet évangile, d’autant qu’ils avaient obtenu que soient « exclus de leurs assemblées tous ceux qui déclareraient publiquement que Jésus est le Christ » ? 
Voyez de quelle façon il leur dit : « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : ‘Nous voyons !’, votre péché demeure ». Comprenons : si vous étiez conscients de votre aveuglement, lucides sur vos péchés, mendiant et priant pour votre guérison, vous seriez sur la voie de la Rédemption et du Salut. Tant que vous restez dans le déni, vous ne pouvez pas être pardonnés, ni guéris.

La 1ère étape de la vie spirituelle passe par la connaissance de soi, de sa pauvreté devant Dieu. Elle s’apprend dans l’épreuve. Il n’y a pas que les amis qui se révèlent ou qui disparaissent quand ça va mal : il y a pour chacun de nous la découverte de ses limites et de sa fragilité. « Je suis venu en ce monde dit Jésus pour rendre un jugement ». La lumière sera terrible pour celui qui ne veut pas se voir comme il est. « Ils ont préféré les ténèbres à la lumière » (Jn 3, 19).

Oui, c’est un effort pénible et redoutable de se voir comme on est, de voir ses péchés. Un combat à mener, dit saint Paul : « j’ai combattu le bon combat » (2 Tim 4, 7), j’ai gardé la foi, avec la grâce de Dieu. Saint Augustin enseignait sans relâche que « le Christ est venu transformer l’amour » (Sermo 344, n. 1) : transformer l’amour affectif centré sur soi en amour effectif ouvert sur Dieu et sur les autres. Connaissance de soi et connaissance de Dieu se rejoignent dans l’attention aux autres. « Faites, Seigneur, je vous prie, s’exclamait saint Anselme (1033 – 1109), que je savoure par l’amour ce que je goûte par la connaissance, que je sente par le cœur ce que je goûte par l’esprit ».

A chaque Carême je pense à ce Catéchumène indigné des cris de joie quand Pharaon et son armée furent engloutis dans les eaux de la Mer rouge. Nous entendons le récit dans la nuit de Pâques et le Cantique qui suit vient réveiller ceux qui s’étaient endormis : « Chantons le Seigneur, car il a fait éclater sa gloire ! Il a jeté à l’eau cheval et cavalier ! ». Le texte est fort : « Le Seigneur est le guerrier des combats ; son nom est Le Seigneur ! » (Ex 15, 3). « Ta droite, Seigneur (ta droiture ?) magnifique en sa force, ta droite, Seigneur, écrase l’ennemi ».

Il faut n’avoir jamais connu l’oppression, l’injustice, l’angoisse, n’avoir jamais combattu, pour ignorer la joie de la délivrance que nous fêterons à Pâques.

Comment savoir si le combat est juste ? 

Conduit par l’Esprit, mené par Jésus-Christ.

Puissions-nous dire, déjà à la fin du Carême : j’ai mené le bon combat.

Direz-vous : J’ai mené le bon combat ?

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