Saint Jean l’évangéliste dont nous entendons le jour de Noël, mais également le 31 décembre, ce Prologue que le prêtre récitait jusqu’il n’y a pas si longtemps à la fin de chaque messe, – saint Jean tient une place à part parmi les auteurs de la Bible : nous reconnaissons en lui « le disciple que Jésus aimait », celui qui s’est penché sur sa poitrine au dernier repas et a entendu battre son Cœur, le disciple fidèle qui a reçu Marie pour Mère au pied de la Croix. On le dit ‘spirituel’ et on a raison : il est ‘spirituel’ parce qu’il est sensible, c’est lui qui dit que Jésus a pleuré à la mort de Lazare, avec Marthe et Marie. Son Evangile et les Lettres de saint Jean sont la « voie royale » pour entrer en ce jour de Noël dans la tendresse de Dieu.
Car Dieu est Amour. Et l’amour est ce qui donne sens à la vie.
Saint Bernard, le grand saint Bernard de Clairvaux disait de l’Adversaire de l’amour, l’ennemi des origines, Satan qu’il a deux ‘satellites’ : « l’esprit de la chair qui pousse à la mollesse, l’esprit du monde qui pousse à la vanité » ; quant à l’esprit du diable, il « pousse à l’amertume » : il rend triste.
L’amour donne la joie. « Il trouve sa joie dans ce qui est vrai » (1 Co 13, 6). La joie de Noël, la joie de cette lumière qui resplendit en nos cœurs est une lumière pleine de tendresse car Dieu est Amour, Dieu est lumière, Dieu le Père de notre Seigneur Jésus-Christ veut être notre Père.
Noël, je vous le disais cette nuit, c’est la naissance de l’amour en personne. Dieu est Amour, il nous a créés par amour et c’est par amour qu’il s’est fait l’un de nous, pour nous sauver, pour nous ramener à Lui, comme le bon Berger ses brebis égarées.
« Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle ». Cette phrase de saint Jean (Jn 3, 16) est reprise par une des prières (eucharistiques) de la messe qui poursuit : « Dieu fait homme, conçu de l´Esprit Saint, né de la Vierge Marie, il a vécu notre condition humaine en toute chose, excepté le péché, annonçant aux pauvres la bonne nouvelle du salut, aux captifs, la délivrance, aux affligés, la joie ».
Le Christ Jésus est venu nous délivrer de l’amertume et de la tristesse. « En lui est la vie, et la vie est la lumière des hommes » : Jésus lui-même s’est défini comme « la lumière du monde » (Jn 8, 12), lumière de l’Esprit « puisque nul ne peut dire que Jésus est Dieu si ce n’est dans l’Esprit-Saint ».
Dieu est Amour. Dieu est Lumière. Dieu est notre Père. Oui, « reconnaissez que le Seigneur est Dieu : il nous a faits, et nous sommes à lui, nous, son peuple, son troupeau » (Ps 99, 3), pour ceux qui le veulent et saint Jean insiste sur cette liberté : « à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom ». Ce serait un père abusif celui qui forcerait ses enfants à l’aimer.
Nul n’est forcé d’aimer Dieu, mais pour que nous sachions qui Il est, Lui, le Père tout-puissant s’est fait petit enfant. Chaque année à Noël nous est rappelée cette révélation sublime de l’amour de Dieu. Un prêtre, musicien et poète, Jean Servel (1912-1981) s’est exclamé : « Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi ? ».
Il a composé des chants pour le Carême, avec le Père Joseph Gélineau « Avec toi nous irons au désert », pour la Semaine sainte « Ô Croix dressée sur le monde », pour Pâques, « Chrétiens, chantons le Dieu vainqueur ». Et pour renaître tous les jours d’une vie nouvelle : « Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi ? ».
« Qui donc est Dieu, si démuni, si grand, si vulnérable ?
Qui donc est Dieu, pour se lier d’amour à part égale ?
Qui donc est Dieu, pour nous donner son Fils né de la femme ?
Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi ? ».
« L’homme chanta d’abord et parla ensuite », dit Chateaubriand. Même sans chanter, nous pouvons répéter aujourd’hui dans notre cœur pas seulement le Gloria des Anges mais cet autre refrain qu’une auteure ou autrice de la même époque, Dominique Ombrie a composé en s’inspirant de saint Jean : « Dieu est Amour, Dieu est Lumière, Dieu Notre Père ».
C’est un bon ‘mantra’ (la Tradition chrétienne disait une ‘aspiration’, pour ces paroles que les religieux répétaient des centaines voire des milliers de fois par jour), pour vivre de cette tendresse de Noël : Dieu est Amour, Dieu est Lumière, Dieu Notre Père.