Amen ! c’est du solide !

Je vous ai déjà raconté l’histoire de cet homme qui avait fait irruption un matin à l’église où j’étais : « Qu’est-ce que la Bible dit qu’il faut faire quand on a tué quelqu’un ? ». Je lui avais répondu ce que rappelle Jésus dans l’évangile : la Bible dit qu’il ne faut pas tuer. « D’accord, mais quand on a tué quelqu’un, qu’est-ce qu’on fait ? ». 

La même question se pose pour les relations amoureuses : ‘Qu’est-ce que la Bible dit qu’il faut faire quand on est amoureux d’une personne mariée (avec quelqu’un d’autre) ?’ La Bible dit qu’on ne peut pas être amoureux d’une personne mariée (avec quelqu’un d’autre). Le 6ème commandement, « Tu ne commettras pas d’adultère », est repris au 9ème commandement qui dit : « Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain », auquel Jésus, on vient de l’entendre, donne toute son ampleur. « Oui d’accord, mais quand on est amoureux, qu’est-ce qu’on fait ? ».

Qu’est-ce qu’on sacrifie ? Encore faut-il être croyant : les sacrifices, en rigueur de terme, ne s’offrent qu’à Dieu seul (cf. Ex 22, 19).

Qu’est-ce qu’on sacrifie : son désir ou son honneur ?

Ce mot d’honneur n’a plus de sens aujourd’hui ? Il en a dans l’Eglise. C’est la phrase que dit le prêtre à la messe avant le Notre Père en tenant le Corps et le Sang du Christ : A Toi Dieu le Père Tout-Puissant, tout honneur et toute gloire !
Par Lui, avec Lui et en Lui, à Toi, Dieu le Père Tout-Puissant, dans l’unité du Saint- Esprit, tout honneur et toute gloire, pour les siècles des siècles.

Et nous répondons : Amen ! qui avant de dire Je crois ! veut dire : j’ai confiance, c’est du solide, la solidité des engagements pris, de la parole donnée. C’est le sens du mot : Amen ! c’est du solide ! D’où la belle image de la parabole à la fin du discours sur la montagne, la maison fondée sur le roc, la vie fondée sur le Christ : c’est du solide.
« Que votre parole soit ‘oui’, si c’est ‘oui’, ‘non’, si c’est ‘non’ » (Mt 5, 37). Et les gens auront confiance en vous.

Au lendemain de la saint Valentin, disons un mot du mariage qui continue à prendre beaucoup de place dans nos vies, qui fait partie des grands événements de l’année, qui nous réunissent quand nous y sommes conviés, et qui ne se confond pas avec la famille : celle-ci a plutôt trait aux relations affectives entre parents et enfants, frères et sœurs, tandis que le mariage suppose des relations intimes, notamment sexuelles. « Article 212 : les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours, assistance ».

Déjà dans l’évangile quand Jésus parlait de fidélité, ses disciples renâclaient : « Si telle est la situation de l’homme par rapport à sa femme, mieux vaut ne pas se marier » (Mt 19, 10). La réponse de Jésus tourne alors, comme toujours, leurs regards vers la vie éternelle, en rappelant que ce choix se fait « à cause du royaume des Cieux » (Mt 19, 12). C’est le sujet sur lequel doivent s’accorder ceux qui veulent se marier religieusement, le sujet essentiel : la vie éternelle, le regard de Dieu.

De la vie éternelle, tout le reste en dépend. La relation aux parents. L’éducation des enfants. Leur nombre, nos responsabilités en matière de liberté comme de fidélité (à condition d’entendre l’une comme l’autre comme celles des enfants de Dieu).

La Bible, et l’Evangile qui en est la quintessence, l’Ecriture en un mot parle très peu de sexualité, principalement d’immortalité. Cela ne veut pas dire qu’elle méprise le corps, au contraire puisque nous croyons à la Résurrection corps et âme. Les premières hérésies contestaient que le Christ soit un vrai homme, âme et corps, vrai homme et vrai Dieu, avec un vrai corps. Le jour de Pâques, il demande à ses disciples : avez-vous quelque chose à manger ?

L’Evangile parle très peu de sexualité parce qu’elle est ce qu’il y a de plus personnel, passionnel et clivant, variable suivant chaque personne, qui dépend de son sexe, homme ou femme, de son âge, de son histoire, de son éducation, de son époque. La sexualité est soumise à plus de variables que toutes les autres réalités humaines.
La Bible s’y intéresse en tant qu’elle est source de vie, de plaisirs et de joies, en particulier dans ce livre magnifique du Cantique des cantiques, ou celui du prophète Osée, avec deux constantes : la fidélité et la divinité, la vie éternelle. 
D’où l’image par laquelle se conclut l’évangile de ce dimanche sur la continuité entre le Ciel qui est le trône de Dieu et la Terre qui en est son marchepied. De notre vie sur terre dépendra notre vie au Ciel, suivant la façon dont nous l’aurons préparée.

Les Anciens disaient qu’un bien est d’autant plus divin qu’il est universel. Qu’il rassemble. Qu’il construit l’unité, qu’il nous fait entrer dans l’amour de la Sainte Trinité : « Qu’ils soient un comme nous sommes UN » dit Jésus dans sa grande prière à son Père (Jn 17, 22).

Au sortir d’une réunion de préparation au mariage il y a quelques années, un couple, qui était ensemble depuis dix ans avant de décider de se marier, discutait de ce que j’avais exposé. Le fiancé demande à sa fiancée : Et toi tu es fidèle ? Elle répond : Non. Il est tombé de haut. Le couple a explosé. Il se trouve, est-ce un hasard ? qu’elle ne croyait pas vraiment à la vie éternelle. Guère au Jugement dernier. De la parabole des talents, car elle en avait beaucoup, elle avait négligé la parole du maître : « Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton Seigneur » (Mt 25, 21.23). 

L’histoire finit bien. Trois ans après, le fiancé est revenu à la même préparation avec une autre fiancée ! Et ils se sont mariés.

Et vous, vous êtes fidèle ?

Quelle est votre solidité ?

Amen ! c’est du solide !

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